Mes échanges de mail avec Freddy BOSSY


Mes échanges avec Freddy BOSSY ont été très intenses et instructifs, mais hélas sur un trop court laps de temps. Freddy nous a malheureusement quitté trop tôt. J'ai recueilli ici nos échanges de mails.


De: Freddy Bossy
Objet: Dictionnaire gabay
À : Jean-Paul DOUHAIT

Date: Jeudi 5 Mars 2009, 21h40

Je viens de découvrir avec bonheur votre petit dictionnaire de gabay et j'aimerais échanger avec vous.

 J'ai l'habitude de travailler avec James Chauveau http://james.chauveau.free.fr/gabaye/index.html et avec Tony Martin http://www.monpatoislegabaye.blogspot.com/ , mais je n'avais pas de contact avec les Gabays du Sud ni de l'Est. J'ai moi-même mis en ligne une modeste "Anthologie gabaye et gavache", mais comme je n'avais rien pour votre région, alors que le Blayais est très bien représenté, je me suis contenté d'incorporer la Parabole de l'enfant prodigue dans sa traduction de Lussac en 1894. Soyez certain que vous ferez partie de la prochaine version...

 Vous savez, en linguistique, il n'y a pas de mots "ultra-locaux". Ainsi "lan" que vous citez, et qui désigne l'endroit où l'on pêche, la durée de la pêche, est connu non seulement en poitevin, mais aussi en gascon - pour ne pas chercher plus loin.

De même "trô" qui vous fait hésiter est l'occitan "troç" : morceau. Ca se dit en saintongeais aussi bien qu'en gabay : "in trô de pain", "partagher en deux trôs", en deux morceaux. Le mot a commencé à devenir péjoratif avec "trô de reun" : vaurien.

 

Je suis toutefois un peu surpris que vous employiez fréquemment la particule interrogative "-ti" : "Vous aut'es vous êtes t'i assez lacassé....", par exemple. Ca me paraît du français familier, argotique ; ce n'est pas la langue locale...

Nous pourrons reparler de ces questions une autre fois : c'est mon métier. Mais je le redis : vous donnez des mots peu connus, ou sous des formes que j'ignorais ("châper" par ex. ; moi je dis "saber" ("La moulue pas dessalée, o sabe la goule") : c'est le même verbe, mais avec une évolution phonétique différente). 

C'est passionnant, tout ça...
Beun d'amithié

 Freddy Bossy

 http://cuncheull.free.fr/gavachantho.htm 


From: Jean-Paul DOUHAIT
To: Freddy Bossy

Sent: Sunday, March 08, 2009 3:28 PM

Subject: Re : Dictionnaire gabay

Donc je disais que j'ai passé ma jeunesse à la campagne, j'entendais donc parler gabaye. J'ai donc mis à contribution seulement ma mémoire.. Et à ma grande surprise, je suis bien plus imbibé que je ne le pensais !!!!

Actuellement je suis en Haute Savoie. Je suis retraité mais pas beaucoup de temps pour autant, je travaille sur un projet internet assez particulier qui va me demander pas mal de temps.

Côté gabaye, j'avais le projet de raconter ma jeunesse à la campagne, tous mes souvenirs de la vie de mes parents paysans et ce que je sais de mes grands parents, de leur vie, des travaux à la campagne, de mon hameau de Frouin, de Lagrave (sur la route Coutras- Montpon) et de tous ceux que j'ai connus. Ca fait quand même pas mal car il y eu des figures hautes en couleur.. Et aussi peut-être des recettes de cuisine paysanne que je n'ai pas mémorisées et qu'il serait bien de récolter auprès des dernières survivantes. (Tiens, ça me fait penser que la soupe de boudins me manque terriblement !!!!).

Je pensais aussi y adjoindre une galerie de photos d'instruments agricoles anciens, de dessins, etc..... Mais hélas, .... ça fait 4 ans que je n'ai pas remis les pieds à Coutras..... Il va falloir que je revois la structure de mon site.

Il me semble qu'effectivement il y a un mélange de français déformé ou adapté aux circonstances. A la lecture de certains textes je me sens réellement dépaysé, celà ne correspond pas vraiment à ce que j'entendais.

Effectivement, vous me faites réaliser que le mot "trô" (phonétiquement "treau") a la signification de "morceau". Mais je crois qu'il peut avoir un double  signification dans l'esprit des paysans qui m'entouraient, la seconde étant un plus dévalorisante. Quelque chose qui gênait, qui embêtait, en quelque sorte qui fâchait devenait un "trô de saloperie de .... etc...." !!!

Je le répète, je ne suis absolument pas spécialiste et à partir de 16 ans, ma vie à dérivé ailleurs qu'en pays Gabaye, même si j'y suis ensuite revenu qq années.

Je suis tout à fait ouvert à un échange. J'avais pensé à ouvrir un forum, il me semble que ça n'existe pas. Il faut quelques minutes pour faire ça.

Dans l'attente de vos nouvelles.

Amicalement.


De: Freddy Bossy
Objet: Re: Dictionnaire gabay
À: "Jean-Paul DOUHAIT"
Date: Jeudi 12 Mars 2009, 21h05

Au fait, "lan" est un mot d'ancien français ; il s'écrivait alors "lanc" mais le -c n'était pas prononcé. C'est le nom qui correspond au verbe "lancer" (même famille que "élan"). Le mot a disparu du français, mais il est resté dans l'ouest dans le vocabulaire de la pêche (sur la côte, on dit "un lan de chalut"). Honnêtement, je ne m'attendais pas à le retrouver à Coutras... 

Moralité : continuez  !


From: Jean-Paul DOUHAIT

To: Freddy Bossy
Sent: Friday, March 13, 2009 8:52 AM

Subject: Re: Dictionnaire gabay

Bonjour,

Désolé de ne pas avoir répondu à votre dernier mail, c'est la semaine ou j'avais mes filles et pas mal d'autres choses à faire, je n'ai pas vraiment eu le temps !!!

Je suis très surpris de l'origine du mot "lan" ....  C'est finalement assez logique, mais ça ne se réinvente pas, d'autant que notre Gabaye est un langage parlé et non écrit. Il est surprenant de voir comment une langue évolue et se transforme. Ou avez vous trouvé ça ?

J'ai malgré tout cette semaine collecté mes petits post-it ou je note au fur et à mesure de mes réminiscences dans la vie de tous les jours et j'ai rajouté qq termes au bas du pense bête.. Je ne sais pas quand je les incorporerai définitivement. M'enfin.... vu ce que j'ai déjà fait, j'arriverai bien à ajouter le reste. D'autant que j'approche certainement de la limite de mon faible savoir !

Si j'étais en Gironde, je pourrais aller plus loin en fréquentant les paysans, mais ici , je suis isolé de tout ça !

Amitiés.

A plus..


De: Freddy Bossy
Objet: Re: Dictionnaire gabay
À: "Jean-Paul DOUHAIT »
Date: Vendredi 13 Mars 2009, 9h28

Ou avez vous trouvé ça ?

>>> Je n'ai pas grand mérite, c'est mon métier...




De: Freddy Bossy
Objet: Re: Dictionnaire gabay
À: "Jean-Paul DOUHAIT"
Date: Vendredi 13 Mars 2009, 10h32

Lexicographe.

J'ai soutenu ma thèse de doctorat sur le parler maritime saintongeais, et un mémoire de DEA sur le gabay et les gavacheries, sujet que je travaille depuis 30 ans maintenant. Dans quelques mois paraîtra le Dictionnaire gabay de l'abbé Belloumeau, curé de Laruscade, écrit vers 1850.
 

Mais j'en découvre tous les jours, grâce à des contributions comme la vôtre, et vous verrez que je vous cite abondamment. 

Vous serez gentil de répondre à ma question sur l'emploi du mot "gabay", c'est un point que je fignole en ce moment.. N'hésitez pas, de votre côté, à m'interroger ; d'ailleurs quelque jour je prendrai le temps de relever quelques petites imperfections de votre glossaire, mais seulement si vous m'assurez que ça ne vous perturbera pas. Les universitaires ont la mauvaise réputation de se prendre trop au sérieux et de vouloir imposer leurs vues : je vous assure bien que ce n'est pas mon cas. Je me suis toujours senti mieux à mon aise parmi les paysans mes semblables que parmi les savants... 

Pourquoi dites-vous que le gabay ne s'écrit pas ?


From: Jean-Paul DOUHAIT
To:
Freddy Bossy

Sent: Friday, March 13, 2009 7:38 PM

Subject: Re: Dictionnaire gabay

Bonsoir,

Moi retraité depuis juillet dernier, antérieurement moniteur auto-école, programmeur micro-informatique, un peu aventurier en Afrique et enfin conducteur de bus !!! Et actuellement des projets en création de sites sur internet.

J'ai vu très peu d'écrits en Gabaye, sauf les chroniques de Sud-Ouest. Ce qu'il me semble en tout cas, c'est que certains mots sont  très difficile à transcrire car très phonétiques et ne correspondent pas à une règle précise, d'autre part l'accent intervient pour beaucoup. Un patois est le langage du peuple, pas des littéraires.

Par contre, pour le peu que je sais et que j'ai entendu, il m'a toujours semblé que beaucoup du langage Gabaye est émaillé de français déformé. Serait-ce parce que devant les pressions du français la Gabaye s'est "infecté" ou laissé envahir ? Celà a-t-il toujours été le cas...ça m'étonnerait.

D'ailleurs il me vient une question: est-on capable de 'tracer' le Gabaye en remontant dans le temps ? D'ou vient-il ? Est-il une dérive du Latin ? Je n'ai pas de connaissance en latin, je ne peux donc pas juger. (J'ai pourtant fait l'acquisition d'un Gaffiot mais ça n'était pas le bon outil !!!! J'aurais préfére un dico français-latin, ça m'aurait été plus utile).

N'y aurait-il pas certains mots calqué sur l'arabe ou l'espagnol ? On a aussi eu la visite des Anglais j'ai entendu dire !!! N'auraient-ils pas laissé quelques virus ?  Vous avez certainement au moins une amorce de réponse je suppose . Tiens au sujet des Anglais, j'ai eu une cousine dont la famille était de descendance anglaise (Wright).

Le Gabaye n'est pas écrit.... . L'avènement d'internet m'a permis de découvrir que pas mal de personnes s'y sont mises. D'ailleurs j'ai un manuscrit assez ancien d'une historiette écrit à la plume Sergent major. Je le scannerai et vous le passerai.

Si vous désirez apporter des corrections à ce que j'ai fait, c'est sans problème. Je ne fais pas cette collecte pour moi, je ne l'emporterai pas avec moi. Je vous l'ai dit, je veux coucher sur papier des souvenirs que moi seul possède encore actuellement dans ma famille. A ma disparition, il n'y aura plus rien, ce serait dommage.

Amitiés.


De: "Freddy Bossy"

À: "Jean-Paul DOUHAIT"

22 h 05 13 mars 09

Le Gabay est une langue du groupe du nord de la France (oïl), plus précisément du poitevin-saintongeais. Donc comme ses langues-soeurs et cousines, il vient du latin. Mais selon les tribus gauloises en place, le latin a évolué différemment. Au moyen âge, il n'y avait pas de différences sensibles entre l'embouchure de Gironde et la Loire, et même plus. Après, chaque région a géré son capital à sa sauce... Les bases de données étaient les mêmes, mais pas les logiciels d'exploitation, pour le dire comme ça. 

Le Nord de la Gironde (le triangle Blaye-Marmande-Ste-Foye) présente un aspect différent : il était au moyen âge de langue occitane. Encore au 13e siècle, la charte de commune de Blaye commence par ces mots : "Conoguda causa sia..." (en gabay, on aurait : conoyue chouse séye = que cette chose soit connue). Pour plusieurs motifs pas toujours évidents, le saintongeais est descendu jusque dans l'Entre-deux-Mers. On peut dégager trois raisons : le défrichement de la Double qui a fait appel à une main d'oeuvre venue du nord ; le drainage du marais de Blaye-St-Ciers : idem ; enfin dans les vallées (chez vous, donc), beaucoup plus riches et plus densément peuplées, il y a eu brassage de population en raison de la mise en valeur des terres plus productives et de la navigation fluviale, qui était bien plus considérable qu'aujourd'hui. Enfin vers le 17e ou 18e siècles, les Gascons sont redevenus majoritaires le long de la Dordogne (Libourne - St-André de Cubzac), séparant définitivement de vous le petit îlot de Monségur qui continue à parler gavache. 

Cela dit, contrairement à la légende, les Anglais n'ont laissé aucun mot : au contraire, ils en ont emporté des centaines ! Nos ancêtres n'avaient pas plus envie de garder des mots de cet envahisseur que nos parents d'emprunter des mots allemands pendant la guerre ! De même les mots arabes : ils se comptent sur les doigts de la main, et de toute façon ils sont tellement déformés qu'il faut les passer au microscope pour identifier leur ADN. Par exemple guerlhe (biais, de travers) ou charcoi (carcasse) : je vous épargne leur étymologie, passablement compliquée.
 

De l'époque occitane médiévale il vous reste la terminaison -è là où le saintongeais dit -iâ (in chapè, in coutè ; plus au nord, c'est in chapiâ, in coutiâ), mais je remarque vous avez emprunté au français veau, cassereau, etc. Quand vous dites bècot, beaucoup, c'est ce -è que l'on retrouve.

Ou encore les participes passés en -gu- : vingu, conogu, ogu, degu... (venu, connu, eu, dû) : ils sont passés par conoyu, vin-yu, oyu, et il est probable que ce qui reste de nos jours est homéopathique. 

D'autres traits particuliers semblent à peu près disparus, comme dire "lou que" pour "celui qui" : "lou que vint" se dit plutôt "theu qui vint", de nos jours. 

Le gabay s'est récemment dénaturé au contact des patoisants charentais qui ont introduit des formes qui n'existaient pas avant, et bien sûr du fait de la scolarité, du service militaire, de la radio, etc. Le tracé de la route Angoulême-Bordeaux à travers les landes par Napoléon, puis le chemin de fer, ont aussi désenclavé votre région qui s'est d'un coup trouvée plus proche des cousins du nord. 

Naturellement ce que je dis ici est très schématique, très simplifié : chaque conjugaison, chaque tournure grammaticale, chaque mot mérite une étude particulière. 

C'est pour ça que, si vous voulez vous amuser à chercher dans les origines, vous ne les trouverez pas en latin classique (celui du Gaffiot). Croyez-vous que ce soit les hommes de lettres qui soient venus coloniser la Gaule ? Pas du tout ! le latin qui se parlait était celui des soldats et de ceux et celles qui vont toujours avec l'armée : les marchands et les prostituées. Et ça fait la même différence qu'entre une tragédie de Racine et un roman de San-Antonio...
 

Allez plutôt fouiller dans le vieux français, dans le monumental dictionnaire de Godefroy par exemple (il est accessible en ligne : http://www.dicfro.org/index.php ; cliquez sur "ouvrir un dictionnaire" et sélectionnez "Gdf (Godefroy 1880)") : vous y trouverez des choses connues. 

De quelle commune êtes-vous originaire exactement ?


De: Freddy Bossy
À: "Jean-Paul DOUHAIT"
Date: Vendredi 13 Mars 2009, 22h23

Qui est Pascal Sauvetre ?


From: Jean-Paul DOUHAIT
To:
Freddy Bossy

Sent: Saturday, March 14, 2009 9:56 AM

Pascal Sauvêtre est un habitant de St Médard de Guizières qui m'a laissé un mot sur un forum que j'ai créé pour "pêcher" des DOUHAIT (mais pour l'instant il ne pêche guère !!! il va falloir que j'utilise le téléphone). Il m'avait laissé quelques mots et expressions et puis il n'a pas continué. Dommage.

Anecdote, il habite à quelques centaines de mètres de chez une cousine !!!

Je vais tenter de le recontacter. Je croyais avoir son adresse mail, et je crois que je me suis trompé. Vous pouvez accéder à ses posts en accédant par mon petit site familial (adresse ci-dessous), en cliquand sur "Le forum de la famille DOUHAIT". Vous y trouverez les deux ou trois échanges qu'on a eus.

Seconde anecdote, son grand-père serait né dans le village de mon enfance qui ne comptait (et ne compte toujours) que 4 maisons !!!

Pour les infos sur les origines du Gabaye, c'est passionnant. Ca m'aidera peut-être, le jour ou je pourrai m'y remettre, à avoir une idée même approximative de l'origine de mon nom de famille. Chose curieuse, en passant la douane algérienne, un douanier m'a dit qu'on retrouvait le même nom en Kabylie..... Et beaucoup de personnes me disent que nous avons les yeux plutôt taillés en amande !!!! Serions nous descendants de "voyageurs" envahisseurs au long cours ???!!!

Une chose m'intrigue: un lord of DOUHAIT dans Gargantua et aussi un seigneur Du DOUHET qui gérait je ne me rapelle plus quoi à Bordeaux (je crois) sous Louix XIV et le chateau De Douhet à ... St Jean d'Angély je crois, en tout cas dans la région. le jour ou j'ai voulu le visiter, il était fermé.

Mais comme vous, je préfère largement la fréquentation des petits gens, c'est plus enrichissant.

Amitiés, à plus.

JP


14 mars 2009

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Mail avec pièce jointe

1 fichier (26 ko)

Château du Douhet (canton Saintes-nord) :

"Douhait" est très certainement le gascon "dou hàit" : du frêne.

 Le Douhet est aussi un petit port de l'île d'Oleron.

Mais dans ces deux cas, c'est le mot saintongeais douet : douve, lavoir, petit cours d'eau artificiel. 
Cette édition de Rabelais de 1823 (note p. 316 et 317) vous en dira plus long sur le seigneur du Douhait/Douhet. Ce n'est pas dans Gargantua, mais dans Pantagruel, au chap. X :

http://books.google.fr/books?id=wxNIAAAAMAAJ&pg=PA317&dq=gargantua+douhait#PPA316,M1 

 A bientôt. 

F.B.


From: Jean-Paul DOUHAIT
To:
Freddy Bossy

Sent: Sunday, March 15, 2009 12:24 PM

Subject: Re:

Merci beaucoup,

j'avais grapillé je ne me rappelle plus ou, et il était question d'eau, de fontaine, etc... Mais ni mon temps ni mes connaissances ne m'ont permis d'aller plus loin.

Merci pour la photo, je n'ai vu le chateau que de derrière le portail fermé !!!

Génial Rabelais ! Il y a quelque temps que ça me démange de le lire, mais il faut une édition avec les notes sinon on perd les 3/4 de sa saveur et de sa signification !!! Il y a qq années, il y a eu une édition d'un Thésaurus, je n'en n'ai pas profité, j'ai profité de Thésaurus de Théodore Monod (je suis un fou du Sahara). Avez vous une idée de ce qu'on peut trouver comme édition de Rabelais en prix abordable ?

Bon week end, à la prochaine.


De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

15 mars 2009

La meilleure édition de Rabelais est celle de Jourda aux Classiques Garnier ; c'est celle qu'on conseille en fac. Elle est épuisée, mais vous pouvez la trouver d'occasion à petit prix : http://www.alapage.com/-/FicheOccasion/Livres/9782040173944/LIV/oeuvres-completes-t1-francois-rabelais.htm?id=261391234871148&donnee_appel=GOOGL 

 Il y a beaucoup de notes, mais enfin il faut quand même se donner le temps de dompter la langue. Le bonheur, ça se mérite... 

Cette édition est en 2 tomes ; le 2nd tome contient les deux derniers livres de Rabelais, où il est très désenchanté. C'est dans les 3 premiers (Gargantua, Pantagruel, Tiers Livre), le tome I de cette édition donc, qu'éclate la verve de l'auteur.

 Certains éditeurs proposent des bilingues pour le collège et le lycée : je ne sais pas ce que ça vaut : http://www.priceminister.com/offer/buy/396350/Rabelais-Francois-Pantagruel-Livre.html 

Vu le prix, vous ne risquez rien...

From: Jean-Paul DOUHAIT
To:
Freddy Bossy

Sent: Sunday, March 15, 2009 12:24 PM

Subject: Re:

Merci beaucoup,

j'avais grapillé je ne me rappelle plus ou, et il était question d'eau, de fontaine, etc... Mais ni mon temps ni mes connaissancesz ne m'ont permis d'aller plus loin.

Merci pour la photo, je n'ai vu le chateau que de derrière le portail fermé !!!

Génial Rabelais ! Il y a quelque temps que ça me démange de le lire, mais il faut une édition avec les notes sinon on perd les 3/4 de sa saveur et de sa signification !!! Il y a qq années, il y a eu une édition d'un Thésaurus, je n'en n'ai pas profité, j'ai profité de Thésaurus de Théodore Monod (je suis un fou du Sahara). Avez vous une idée de ce qu'on peut trouver comme édition de Rabelais en prix abordable ?

Bon week end, à la prochaine.

Dimanche 15 mars 2009 13:32

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Comme je vous comprends...

 Ma santé ne me permet pas les longs voyages, mais le sud de l'Afrique du nord vient à moi : mes meilleurs amis sont des berbères chleuh du sud de l'Atlas, et j'ai été marié avec la fille du bachaga du Djebel Amour... 



De: "Freddy Bossy"

À: "Jean-Paul DOUHAIT"

En fait, si votre patronyme dérive bien de hàit = frêne, ce que je crois, vous portez le même nom que Lafayette..


From: Jean-Paul DOUHAIT

To: Freddy Bossy

Sent: Sunday, March 15, 2009 7:36 PM

Subject: Re : Votre nom

Allons bon, j'aurais (peut-être) Lafayette comme ancêtre ? Pourquoi ? Par quel tour de passe passe ?

Lafayette

Lundi 16 mars 2009 10h50

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Je n'ai pas dit ça : j'ai dit que vos deux noms auraient la même étymologie, ce qui n'est pas du tout la même chose. D'ailleurs La Fayette était le nom de leur fief, pas leur patronyme : leur nom de famille est Motier, et ils sont seulement seigneur (marquis) de Lafayette.

 Maintenant, vous allez me dire : quel rapport entre Lafayette et Douhait ?

Je vais essayer d'être simple, et vous allez avoir un cours de phonétique historique. 

Le hêtre se disait fagus en latin. Ce mot est devenu, logiquement, fou ou fau au moyen âge, à l'ouest de la France (cf en Vendée le fameux château du Puy du Fou, qui signifie : la colline du hêtre). Seulement les dialectes français ont horreur des mots d'une seule syllabe, entre autres parce qu'ils entraînent l'homonymie : on aurait eu ainsi plusieurs sens à fou, et plusieurs à fau, ce qui est gênant.

A partir de là, les dialectes ont opté soit pour le mot celtique (d'où l'actuel français hêtre), soit pour un mot dérivé du latin avec un suffixe : le saintongeais actuel fayan (ou le français faine pour nommer le fruit).

(C'est exactement le même phénomène avec orme, trop court, qui ne se dit pas ou peu, et ormeau, qui doit être oumè chez vous.)

Les parlers du sud-ouest ont choisi une autre possibilité : le suffixe -et. On ne raisonne donc plus sur fagus mais sur fagetus.

Logiquement, chez nous, le -g- entre deux voyelles passe à -y- : on a donc faïet. (Dans les Landes, on trouve des localités qui se nomment Haget.)

La Fayette, c'est une plantation de fayet (comme l'olivette est une plantation d'oliviers).

 Se superpose à ça, en Aquitaine comme en Espagne, le fait que F au début du mot était prononcé H : voici dès lors la forme haïét. Et comme les triphtongues (-aïé-) se sont réduites en gascon, on aboutit à -àï-, et donc à hàït. Mis à la sauce gabaye, hàït est devenu [è]. Votre nom a très certainement été prononcé [dou-(h)è] en deux syllabes pendant un certain temps, puis il est passé à /douè/ ou /doué/ et s'est alors confondu avec le mot saintongeais désignant la douve, le lavoir, le petit canal.

La première partie de Douhait, "dou", vous la connaissez bien : c'est l'article gabay et gascon dou (plus au nord on dit dau).

 Vers le 15e siècle, quand on a commencé à donner des noms de famille (car c'est récent ; au moyen âge on disait, comme les arabes, "Un Tel fils de Un Tel", et quand il y a vraiment trop de "Jean de Jean" - ou de "Mohamed ben Mohamed" - on ajoute "le Blond", "le Petit", "le Boulanger", ou "celui qui habite une maison neuve", "celui qui habite près d'un hêtre" ou "qui a un gros hêtre dans son champ"...).

 Voilà. Ce n'est pas de la magie... Il serait intéressant de savoir à quelle époque vos ancêtres sont venus de Gascogne pour se fixer en Pays Gabay. Vous savez, les paysans bougeaient sans arrêt : ils allaient rarement très loin, mais au fur et à mesure des mariages, des partages, des contrats de métayage, ils se déplaçaient beaucoup. C'est seulement au 19e siècle que le monde rural s'est fixé, avant de disparaître sous nos yeux...


Lundi 16 mars 2009 11h15

De: "Freddy Bossy"

À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Je vous repose les mêmes questions que dimanche dernier (je suis têtu) :

 - le mot "gabay" était-il régulièrement employé (par vos parents, grands-parents...), ou vous semble-t-il récent ? est-ce que ce sont les Gabays eux-mêmes qui s'appelaient ainsi, où les Gascons de l'autre côté qui vous chafraient ?

 - disait-on "je parle gabay" et "je suis Gabay", ou seulement l'un ou l'autre des deux ? (J'ai l'impression que ça a changé récemment.)

 - deux fois vous écrivez "la Gabaye", au féminin, pour désigner la langue. Se disait-ou vraiment coume thieu, ou est-ou voute dét qu'a ripé su le clavier ?

 - vous écrivez tieu, tiélés, tiét, etc. ; mais je remarque aussi queute, queusine (cuite, cuisine) avec qu- et non thi-. Est-ce que, dans certains endroits, on disait aussi queu, quélés...  (p.ex. : "quélés droles avant gavagné queu nousiller iqui"; ou bien : "quéte particuyère a des queusses de jau" (cette femme a des cuisses [maigres comme celles d'un] coq) ?

 Merci de prendre 5 minutes pour me renseigner... 

Bonne journée. 

F.B.




From:

Jean-Paul DOUHAIT

To: Freddy Bossy

Sent: Monday, March 16, 2009 12:15 PM

Subject: Re :

Non non !!! C'est avec joie que je vous apporte ce que je connais. C'est pas grand chose mais les petits ruisseaux ..... etc.

Je vous repose les mêmes questions que dimanche dernier (je suis têtu) : 
- le mot "gabay" était-il régulièrement employé (par vos parents, grands-parents...), ou vous semble-t-il récent ? est-ce que ce sont les Gabays eux-mêmes qui s'appelaient ainsi, où les Gascons de l'autre côté qui vous chafraient ?

Mes souvenirs remontent à l'école primaire, j'avais une douzaine d'années et mon instit à Troquereau plaisantait sur le "gabaye" de nos parents. Je me rappelle d'une plaisanterie sur la fameuse "bouillée d'érondes bourrues" !!!! Mais par contre, en dehors de ceci, le gabaye était interdit à l'école. Je n'ai découvert le terme 'gavache' que plus tard. Je n'en connais pas la différence. Les plus anciens de ma famille utilsent maintenant le mot "gabaye". Mais est-ce récent ou non, je ne sais pas. Je vais téléphoner a mes plus vieux cousins du Coutrion et je vous dirai.
- disait-on "je parle gabay" et "je suis Gabay", ou seulement l'un ou l'autre des deux ? (J'ai l'impression que ça a changé récemment.)

Je pense que c'est venu avec la vague récente voulant sauvegarder les parlers régionaux. Mais c'est plutôt "parler Gabaye". En fait, je ne sais pas si ça prend ou non un "e".
- deux fois vous écrivez "la Gabaye", au féminin, pour désigner la langue. Se disait-ou vraiment coume thieu, ou est-ou voute dét qu'a ripé su le clavier ?

Mon pauv' ol'é un' erreur d'au clavier, mes doué z'avant ripé !!! Olé marant, je r'découvre des mots que j'avais oubliés !!!
 
- vous écrivez tieu, tiélés, tiét, etc. ; mais je remarque aussi queute, queusine (cuite, cuisine) avec qu- et non thi-. Est-ce que, dans certains endroits, on disait aussi queu, quélés...  (p.ex. : "quélés droles avant gavagné queu nousiller iqui"; ou bien : "quéte particuyère a des queusses de jau" (cette femme a des cuisses [maigres comme celles d'un] coq) ?

Je reprendrai ce chapitre pour réfléchir un peu plus, mais en tout cas, j'ai remarqué que chacun y mettait du sien pour modifier à sa guise. Sans compter que dans le parler gabaye, il y a pas mal d'humour, et que beaucoup essayaient de rendre leurs expressions rigolotes en leur donnant une orthographe ou une sonorité un peu plus marrante ou provocatrice. En tout cas, c'est pas un parler triste ou figé. Jusqu'à présent du moins, car dorénavant........

Je vais téléphoner à ma famille et à mes amis, je devrais glaner pas mal de choses.

A bientôt.

Merci de prendre 5 minutes pour me renseigner...
 Bonne journée.
 F.B.


Lundi 16 mars 2009 13h13

De: "Freddy Bossy"

À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Merci. Tout à fait d'accord avec vous pour dire que le gabay n'est pas figé et qu'il ne faut surtout pas le figer. D'ailleurs il y a des différences entre Blaye et Lussac, entre Guîtres et St-Aulaye. Mais enfin il faut aussi être conscient que c'est la langue dans laquelle les anciens disaient leur souffrance, leur amour, leurs désirs, parlaient au curé (et se confessaient) ou au notaire, priaient, racontaient leurs rêves...

 La mode d'écrire gabay avec un -e date des années 1980. Jusqu'alors, tous les dictionnaires (y compris Littré) et toutes les études écrivaient gabay ou gabaï. 

Généralement, on dit plutôt "gavache" ou "gabache" du côté du Médoc ou de l'Entre-deux-Mers. C'est un mot qu'on trouve utilisé déjà vers 1400. Ça signifie exactement : l'étranger arrivé récemment et qui ne parle pas comme la majorité en place. 

Merci d'essayer de connaître le sentiment des plus vieux sur ce mot "gabay", s'ils l'employaient entre eux, s'ils le ressentaient comme une insulte ou un chafre...

 Racontez-me dont tiéte histoére de "bouillée d'érondes bourrues", tè ! vous n-en disez pas grand chouse su voute site... rin qu'une paure méchante petite phrase de reun, boune gens ! 

Beun à vous

 F.B.


Lundi 16 mars 2009 17h15

De: "Jean-Paul DOUHAIT"

À: "Freddy Bossy"

Racontez-me dont tiéte histoére de "bouillée d'érondes bourrues", tè ! vous n-en disez pas grand chouse su voute site... rin qu'une paure méchante petite phrase de reun, boune gens !


Tièt (ou tielle, allez donc z'ou savouér comment étou qu'ol'é qu'on z'ou dit ou qu'on z'ou écrit...) olé qua't foué reun: nout maitr' de l'école de Troquerai (Troquereau entre coutras et Montpon sur l'Isle), Roland FARGES, un instit super, il parlait avec un de mes copains pendant la classe et le copain racontait qu'il était tombé les fesses dans une touffe de ronces, et ce jour là, le père Farges qui était d'humeur à parler Gabaye (c'était en pricncipe interdit) lui dit en riant: "O'l'était une bouillée d'éronde ?". Et mon copain Bernard (qui figure sur la photo sur mon site), content d'en rajouter lui répond: "Oui, o'létait un'bouillée d'éronde bourrue, mais j'l'avant copée avec le dail" !!! Monsieur Farges était plus un père de famille qu'un instituteur. Souvenirs émus......

O'lé tout et vou z'aut remarquerez qu'j'ai ben d'ou mal à écrire gabay !!! Pasque j'l'ai juste entendu d'une oreille distraite.

A bientôt.

Lundi 16 mars 2009 22h37

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Exemple de gabay écrit au moyen âge (la traduction suit) :

 

      Chronique de Blaye :

      1° En l’an M.IIIIC.L.ung, feust reduict le pays de Bourdelloys et le duché de Guienne, que tenoyt le feu roy d’Angleterre, et à la fin proprement dudict an le noble roy Loys [Charles] de Valloys reprint ledict pays de Bourdelloys à sa main, et despuys ne feust ledict pays de Bourdelloys angloys ;

      6° En l’an mil IIIIC.IIIIXX. feust grandes gellées et petit de vin ;

      7° L’an mil IIIIC.IIIIXX.I., la Toutessainctz et vandanges tout ung, et valloyt boysseau de froment à Bourdeaux dix-huict et dix-neuf ardis ;

      8° L’an mil IIIIC.IIIIXX.II. et IIIIC.IIIIXX.III., entour my année, valut le boysseau de froment à Bourdeaulx quatre francs de Roy, et l’an IIIIXX.IIII. autant ;

      10° En l’an mil IIIIC.IIIIXX.IIII., celle demi année amoindra son ire et retourna le bled à quinze solz tournois ;

      12° En l’an mil IIIIC.IIIIXX.VI. et le premier jour de Caresme, M. le grand mareschal de France et M. de Beaujeu, qui gouvernoyt le noble roy Charles, mirent le siege devant Blaye que tenoyt le cappitaine Odet d’Aydie, et le convinct se rendre le sabmedy amprès ensuivant, pour ce que l’artillerie avoyt abbattu les murailhes de laditte ville ; et celluy jour le Roy entrast à Bourg et demeura jusques au mercredy ; et celluy jour s’en alla à Bourdeaulx ; et le bled valloyt quinze sols et le vin huict deniers le carteron ;

      15° En l’an mil VC.I. et II. courut si grand persecution de la peste par tout le pays de Poytou et de Xainctonge, et aussi de Bourdelloys, que bien mourut les deux partz du monde, que les gens ne sçavoyent où fuoyr ne où se mettre ;

      17° L’an mil VC. et V., après la feste de la nativité Nostre-Seigneur, feust si grandes gellées et si grand froyt de neiges et de gellées qu’il n’y avoyt nulz navires, angilhes ne gabarres qui pussent aller ne venir par mer, de grande abondance des glatz qui estoyent en la mer, que tout entour des terres n’estoyt que grand frox [?] de glatz, que cent ou six vingtz ans a que n’y eust si grandz glatz ne si fortes gellées ; mais la neige garda les bledz de mourir en terre.

      [Traduction :

      1° En 1451, le pays de Bordeaux et le duché de Guyenne, que tenait le roi d’Angleterre, furent reconquis, et à la fin de cette année le roi Charles de Valois reprit en son pouvoir le pays bordelais, et il ne fut plus jamais anglais par la suite ;

      6° En l’an 1480, il y eut de grandes gelées et peu de vin ;

      7° En 1481, Toussaint et vendanges ensemble, et le boisseau de blé valait 18 à 19 liards à Bordeaux ;

      8° En 1482 et 1483, vers le milieu de l’année, le boisseau de blé valut quatre " francs de Roi " à Bordeaux, et autant en 1484 ;

      10° En 1484, " l’année diminua sa colère " et le blé retourna à 15 sous tournois ;

      12° En 1486, le premier jour de Carême, le grand Maréchal de France et M. de Beaujeu, gouverneur du roi Charles [VIII], mirent le siège devant Blaye, tenu par le capitaine Odet d’Aydie ; et ils le contraignirent à se rendre le samedi suivant, l’artillerie ayant abattu les murailles de la ville ; ce jour-là, le Roi entra à Bourg où il demeura jusqu’au mercredi suivant, jour où il partit à Bordeaux. Le blé valait 15 sous et le vin 8 deniers le quarteron ;

      15° En 1501 et 1502, il y eut un tel fléau de peste par tout le Poitou, la Saintonge et le Bordelais, que les " deux parts " de la population mourut, et que les gens ne savaient plus où fuir ni où s’abriter ;

      17° En 1505, après Noël, il y eut de si grandes gelées et un si grand froid qu’aucun navire, " anguille " ou gabarre ne pouvait aller ou venir, à cause de la grande quantité de glaçons qui étaient en mer, et parce que les terres étaient prises dans les glaces ; il y avait cent ou cent vingt ans qu’on n’avait eu autant de glace et de gel ; mais la neige empêcha les blés de mourir en terre.

Transcrit par Léo Drouyn et publié au tome 12 des Archives historiques de la Gironde.



NDLA : C'est incroyable, ce souvenir de vin gelé est resté ancré dans la mémoire populaire et les traditions verbales jusqu'à mes parents (Gabriel DOUHAIT et Georgette née Jeanne Bergère), à qui je me rappelle avoir entendu raconter qu'une année il avait fait tellement froid qu'on avait été obligé de couper le vin à la hache (JP DOUHAIT 2011)


Mardi 17 mars 2009 8h54

De: "Jean-Paul DOUHAIT"

À: "Freddy Bossy"

Génial ! trouvez-nen dont quoques autes histoéres de même...


Justement, à une époque, je pensais faire un recueil d'histoires de ce genre. Mais en fin de compte, je n'en connais pas beaucoup. J'envoie ce jour mon dico au père d'un ami à Porchères qui m'a promis de rajouter ce qu'il sait, et je me rappelle qu'il connait qq histoires du genre de celle ci-dessous qu'on croirait sortie des lettres de mon moulin. Je lui demande de se rappeler ce qu'il pourra.

Voici l'histoire. C'est le père Belot, peintre à St Médard de Guizières ( St Mèr) qui la raconte. Le père Belot était grand chasseur de palombes. "Un matin, j'étais en train de prendre mon casse croûte sur les sept heures, j'entends un bruit pas possible dehors, ça piaillait de tous les côtés. je sors, je lève la tête... oh mon pauvre, des palombes.... le ciel en était noir.... Je suis rentré en vitesse, le temps de mettre deux cartouches dans le fusil, j'ai même pas eu le temps de sortir, j'ai tiré mes deux cartouches par la cheminée... Eh ben, mon pauv' des palombes, il en tombait partout, à Pinormand (Puynormand) au Petit Palais, au Pizou, à Porchères, à St Sauveur, à Cornemps, à Tripoteau....
 
Juste deux remarques : d'abord je ne sais pas quelle différence il y a entre les "érondes bourrues" et les "érondes ordinaires" ; m'en doute que si jhe m'avais foutu le thiu dedans, je zou saurais be moé-tou ! ... ensuite votre copain n'a probablement pas dit " j'l'avant copée " mais " j'l'ai " ou "j' les ai copées". "Avant" est la 3e personne du pluriel (il avant, al avant : ils, elles ont). Mais rassurez-vous : beaucoup de personnes font cette faute ; le vocabulaire reste plus longtemps en mémoire que la grammaire.
 
Autre détail : quand vous écrivez " vou z'aut remarquerez " vous confondez le pluriel de politesse et le vrai pluriel. Si vous vous adressez à un groupe de quelques personnes, vous dites " vous-aut " ; mais si vous vous adressez à une seule personne que vous "vousséyez", vous dites "vous" tout court. Vous savez que ce point de grammaire n'existe qu'en gabay ?  ah ben non !!!  voéyez dont beun qu'ol est in parlange qu'a pas de démain, et qu'o serait grand demage que se peurdisse. Jh'allons faire c'qu'j'pouvons, si o'lé pt'êt pas bêcop, o's'ra ça d'fait !!!

Vous avez sûrement raison mon brave !!! Mais les pésans y saviant point celà !!! Y parliant coum celà, un peu coum ô vient !!!  Alors i m'a teurjou' semblé qu'y pouviant aussi bien dire "j'l'avions copé" que "j'lai copé". Mais comme disait l'autre, "vous n'êtes pas obligé de me croire", d'autant que c'est des souvenirs qui commencent à sentir le renfermé et que je n'ai pas le bac gabay , je ne suis qu'un amateur !!!
 

Justement, à une époque, je pensais faire un recueil d'histoires de ce genre. Mais en fin de compte, je n'en connais pas beaucoup. J'envoie ce jour mon dico au père d'un ami à Porchères qui m'a promis de rajouter ce qu'il sait, et je me rappelle qu'il connait qq histoires du genre de celle ci-dessous qu'on croirait sortie des lettres de mon moulin. Je lui demande de se rappeler ce qu'il pourra.

Voici l'histoire. C'est le père Belot, peintre à St Médard de Guizières ( St Mèr) qui la raconte. Le père Belot était grand chasseur de palombes. "Un matin, j'étais en train de prendre mon casse croûte sur les sept heures, j'entends un bruit pas possible dehors, ça piaillait de tous les côtés. je sors, je lève la tête... oh mon pauvre, des palombes.... le ciel en était noir.... Je suis rentré en vitesse, le temps de mettre deux cartouches dans le fusil, j'ai même pas eu le temps de sortir, j'ai tiré mes deux cartouches par la cheminée... Eh ben, mon pauv' des palombes, il en tombait partout, à Pinormand (Puynormand) au Petit Palais, au Pizou, à Porchères, à St Sauveur, à Cornemps, à Tripoteau....
 

Portez-vous beun.
 
F.B.


De: Freddy Bossy
Objet: Re:
À: "Jean-Paul DOUHAIT"
Date: Lundi 16 Mars 2009, 13h13

Merci. Tout à fait d'accord avec vous pour dire que le gabay n'est pas figé et qu'il ne faut surtout pas le figer. D'ailleurs il y a des différences entre Blaye et Lussac, entre Guîtres et St-Aulaye. Mais enfin il faut aussi être conscient que c'est la langue dans laquelle les anciens disaient leur souffrance, leur amour, leurs désirs, parlaient au curé (et se confessaient) ou au notaire, priaient, racontaient leurs rêves...

 La mode d'écrire gabay avec un -e date des années 1980. Jusqu'alors, tous les dictionnaires (y compris Littré) et toutes les études écrivaient gabay ou gabaï. 

Généralement, on dit plutôt "gavache" ou "gabache" du côté du Médoc ou de l'Entre-deux-Mers. C'est un mot qu'on trouve utilisé déjà vers 1400. Ça signifie exactement : l'étranger arrivé récemment et qui ne parle pas comme la majorité en place. 

Merci d'essayer de connaître le sentiment des plus vieux sur ce mot "gabay", s'ils l'employaient entre eux, s'ils le ressentaient comme une insulte ou un chafre... 

Racontez-me dont tiéte histoére de "bouillée d'érondes bourrues", tè ! vous n-en disez pas grand chouse su voute site... rin qu'une paure méchante petite phrase de reun, boune gens ! 

Beun à vous

 F.B.


Mardi 17 mars 2009 9h11

De: "Jean-Paul DOUHAIT"

À: freddy.bossy

Au fait, j'ai oublié : qu'èt qu'o'l'est des érondes bourrues ???? Eh bien moi même j'ai cherché pas mal de temps, et même tout ma vie !!!! Je pense que ce doit être ces bouillées d'églantines sauvages qui poussent des pompons. C'est différent des ronces, mais ça pique tout de même assez méchamment !!!

J'ai un souvenir cuisant d'une bouillée de véritables érondes: je faisais du cheval à St S'rin (St Seurin sur l'Isle) au club monté par le père Durand   , le père de Pierre, celui qui devait devenir médaille d'or aux JO.

Mes horaires ne me permettaient pas de partir en promenade avec les autres, alors le père Durand m'avait dit: "Tu as ton équipement, tu viens quand tu veux, tu vas te balader, tu nous diras le temps que tu as fait et tu nous paieras". Fait comme dit. J'ai fait souvent comme ça. Et puis un jour d'hiver, la jument que je prenais habituellement et que je connaissais bien a eu un coup d'humeur !!! Je repassais à proximité de l'écurie, elle a fait deux ou trois bonds pas méchants en apparence (c'était pour mieux calculer son coup la garce....), et puis elle m'a filé un coup de cul surprise et m'a envoyé en vol plané dans la bouillée d'érondes à côté !!! Même pas eu le temps de serrer les jambes que j'ai pourtant longues !!!!  Elle m'avait pas raté, elle avait du penser que les érondes amortiraient ma chute, c'était sympa !!! Pour m'extraire de là ça a été très minutieux , d'autant qu'elle m'avait envoyé très soigneusement, j'ai atterri sur le dos comme une crêpe !!!! Ensuite elle est tranquillement rentrée dans sa stalle toute sellée !!! Inutile de dire qu'après mon démêlage, il y a eu explication !!!! Et on a continué la promenade !!!!

A plus !!



Mardi 17 mars 2009 10h01

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"


Bé voui, mais o faut zou conter en gabay, tiét affaire... Serait-ou que peur faire apparaît' le vieux mot gabay "paloume" : d'hasard que le père Belot disait pas "une palombe"...

Vous acotez pas en chemin, seguez voute tail.



Mardi 17 mars 2009 10h11

De: "Jean-Paul DOUHAIT"
À: "Freddy Bossy"

Vous savez, j'ai des choses en mémoire, mais les traduire en gabaye, pour moi c'est un accouchement sans péridurale !!!!

Ceci dit, je vais faire un site-forum de gabaye. Aujourd'hui si j'ai le temps. C'est facile et vite fait, on verra si ô doune qu'oqu'chouse !!!

Je vais à la poste envoyer mon dico en Gironde.

 Et puis j'ai décidé: en juillet j'ai mes filles en vacances, on va dans le midi méditerranéen. En aout, elles sont avec leur mère, je monte chez un copain à Sens pour des réparations sur mon ping-car, j'y reste une semaine à une semaine et demie et ensuite je vais m'éfforcer de repasser par la Gironde voir la famille et les copains gabayeux. J'espère qu'on va pouvoir faire quelque chose de bien.

Boun jeurnée !


Mardi 17 mars 2009 10h51

De: "Jean-Paul DOUHAIT"

À: "Freddy Bossy"

J'ai besoin de votre aide pour créer le site forums.

J'ai pensé faire un forum par région: ex: poitou charentes, gironde (Coutrion, Libournais), etc.... Comment verriez vous celà ?

Lors de sa première visite l'arrivant sera accueuilli par un texte du genre: "Merci pour votre visite. ce site a été créé pour sauvegarder le parler gabaye, etc..... etc....". Tout ceci en Gabaye ou en bi-lingue. Qu'en pensez vous ?

Ensuite, il y aura une présentation obligatoire.

Bien sûr, je vous laisse le soin de faire les textes. Je vous passerai les clefs d'accès, vous pourrez modifier facilement.

Ca permettrait de créer un échange et de récupérer ainsi beaucoup de choses.

La balle est dans votre camp !!



Mardi 17 mars 2009 11h29

De: "Freddy Bossy"

À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Vous me flattez...

Cependant je ne suis pas le seul, et je n'ai aucune compétence informatique : je vais en parler avec James Chauveau, Gabay de Maransin, retraité de chez IBM, qui a déjà un site ( http://james.chauveau.free.fr/gabaye/index.html ), ainsi qu'à un des mes anciens élèves de la fac, Eric Nowak, qui est maître d'école à St-Ciers et qui est aussi éditeur.

Dans tous les cas, que ce soit avec moi ou avec qq1 d'autre, l'idée doit suivre son chemin.

Je vous tiens au courant.

Parmi les choses que vous pouvez faire aisément sur votre site actuel, il y a la liste des localités avec leur nom gabay : St-Médard = St-Mér, Troquereau = Troquerè ou Troq'rè, etc. Et, en suivant, les noms de famille, les prénoms... C'est important, parce que ça disparaît à toute vitesse. Qui se souvient que le nom Grenouilleau se disait Gueurnouyè ? que Marie était appelée Mariote ? ...




Mardi 17 mars 2009 11h40

De: "Jean-Paul DOUHAIT"
À: "Freddy Bossy"

Concernant la mise en ligne d'un site-forums, il ne s'agit, dans mon idée, que d'un outil permettant la conversation et l'échange avec un plus grand nombre de personnes. Ne vous inquiétez pas, c'est hyper simple à créer (quelques heures suffisent)  et à manipuler. L'outil existe déjà en ligne, il est gratuit. C'est comme ça que j'ai créé mon site familial.

(Hélas, les DOUHAIT n'ont pas l'air de se réveiller !!! Pourtant il y en a en Gironde, ceux là je les connais, mais il y en a aussi en Auvergne, dans l'Allier, et en côte d'Or.)


Vendredi 20 mars 2009 11h18

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

James Chauveau semble partant pour gérer le forum avec vous, conjointement avec les webmestres d'autres sites Gabays ; il vous en parlera directement. 

Je ne peux pas me permettre de m'investir dans ce projet : je suis incompétent en informatique, et surtout je dois terminer l'édition du dictionnaire et n'ai pas de temps en rab'. Vous avez mouillé votre chemise pour une 10aine de pages, imaginez ce que c'est pour moi qui arrive à 400 ou 500... 

Bonne continuation. 

F. B.


Vendredi 20 mars 2009 11h22

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

J'oublie toujours quelque chose !

James Chauveau : http://james.chauveau.free.fr/gabaye/index.html 

 Je vous avais aussi conseillé ce blog : http://www.monpatoislegabaye.blogspot.com/ 

Il est possible que le blogueur soit également intéressé (il a 14 ans et parle encore couramment gabay). Je vais lui en parler.


Vendredi 20 mars 2009 14h25

De: "Jean-Paul DOUHAIT"

À: "Freddy Bossy"


Oui, j'avais vu le site du "gamin" !!! Je le trouve assez génial pour son âge !!

Ce week end j'ai mes filles, je ne peux rien faire. De plus je fignole des bricolages sur le camping-car pour les vacances scolaires de Pâques. Ne vous inquiétez donc pas trop s'il m'arrive de tarder à répondre aux mails !!!!

A plus.



De: Freddy Bossy
À: "Jean-Paul DOUHAIT"
Date: Vendredi 20 Mars 2009, 20h38
Tony Martin a déjà créé un forum gabay http://gabaye.free-bb.com:80/index.php?sid=49696 l'an passé. Nombre de messages : 2 ; rien depuis le 13 janvier ! Sur mon Anthologie gabaye en ligne, je n'ai eu qu'une seule intervention en un an. Ça ne rend pas optimiste...


Samedi 21 mars 2009 9h44

De: "Jean-Paul DOUHAIT"
À: "Freddy Bossy"

Oui.... effectivement !!! Je suis allé faire un petit tout chez Tony Martin, il n'y a personne.... On peut donc en conclure que le gabay n'est plus pratiqué que par les anciens en fin d'existence.... c'est pas encourageant pour nous !!!  


Samedi 21 mars 2009 10h48

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Tony pense plutôt que les gens sont attirés par les histoires soi-disant drôles en patois, pas par la langue gabaye elle-même. Et c'est pourtant bien une vraie langue, avec ses textes anciens, sa grammaire, et tout ce qui va avec.


Dimanche 22 mars 2009 10h06

De: "Jean-Paul DOUHAIT"
À: "Freddy Bossy"

Bonjour,
mes amis de Gironde viennent de me donner un premier renseignement. Celà m'étonnerait que vous ne connaissiez pas, mais enfin..... au cas où..... :


http://www.sefco-subiet.eu/


Ils achetaient ce journal dans les années 40 à 45.

A la prochaine.


Dimanche 22 mars 2009 10h45

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Effectivement, je connais. Mais ce n'est pas du vrai gabay...

Merci quand même.


De: "Jean-Paul DOUHAIT"

À: "Freddy Bossy"

Bonjour Freddy,

Bonne et heureuse année et meilleurs voeux à vous.

Je ne vous ai pas oublié, mais je suis toujours très occupé avec mes histoires familiales et si j'ai encore des notes en stock, je n'ai pas eu le temps de les insérer dans mon dictionnaire. Je pourrai peut-être le faire ce printemps.
Je vais améliorer ma méthode pour vous faciliter éventuellement les choses: chaque rajout ou mise à jour sera coloré en rouge, comme celà vous pourrez trouver facilement.

Ou en êtes vous de votre manuscrit ? Ca avance ou c'est terminé ?

A plus.

Amitiés.

Jean-Paul.


Mardi 23 mars 2010 17h31

De: "Freddy Bossy"
À: "Jean-Paul DOUHAIT"

Mon frère Freddy est décédé le 17 Mars. Il avait disparu le 30 décembre. Accident. 

Francis Bossy


Mardi 23 mars 2010 19h30

De: "Jean-Paul DOUHAIT »
À: "Freddy Bossy"

Bonjour,

C'est avec une infinie tristesse que j'ai lu votre mail m'apprenant la disparition de Freddy.
Je vous présente mes sincères condoléances.

J'ai été en correspondance avec Freddy sur le sujet du Gabaye.
J'ai beaucoup apprécié les échanges que j'ai eus avec lui. C'était un homme très sympathique.

Savez vous s'il a terminé l'ouvrage qu'il avait en cours ?

Cordialement.

Merci d'avance pour votre réponse.


En transférant cet échange de mails sur Internet, j'en mesure la grande richesse. Freddy me manque beaucoup...


Retrouvons Freddy

http://www.histoirepassion.eu/spip.php?breve51

http://cuncheull.free.fr/gavachantho.htm

http://cuncheull.free.fr/fbossy.htm

http://www.sitebro.fr/search/freddy+bossy/