Le site de la famille DOUHAIT

MA PREMIERE TRAVERSEE DU SAHARA
           
MON PREMIER VOYAGE EN AFRIQUE
   


Janvier 1991.  Mon patron vient de me virer. Fin de contrat. Pendant un an je me suis échiné faire le paramétrage informatique sur son trieur pour les gros labos photos. Un engin roues de brouette-pompe à vélo qui tombe en panne tous les quatre matins. Son ingénieur d'occase avait fichu un bronx monstrueux dans le logiciel. Un énorme logiciel entièrement en langage assembleur, du pur masochisme ! J'ai tout restructuré en langage C. Maintenant que tout marche bien, il n'a plus besoin de moi, je ne lui sers plus à rien. Merci patron ! Je suis au chom'du....Au moins je n'ai plus ce gros lard hâbleur, flambeur, jamais content, derrière moi.

Belle occasion pour aller faire un tour en Afrique, depuis le temps que j'en rêve ! Le départ est programmé pour la mi-janvier. Hélas, Bush est parti botter le train de Saddam Hussein. Le monde musulman est secoué . Mes copains de voyages, aventuriers d'occasion surtout intéréssés par le shit et l'alcool ne sont pas très courageux. Ils ont peur qu'on se fasse agresser en Algérie par des  islamistes allumés, ce qui, d'après les commentaires récoltés par la suite se révèlera une ânerie de froussards. De mois en mois le voyage est remis. Il faut dire que, selon eux ils "se reposent du voyage précédent"..... de l'an dernier !!!!

J'avais mis de côté une belle 504 affichant 100 000 kilomètres au compteur. Autant dire toute neuve. Je l'avais achetée suite à une petite annonce sur "Le 85", à un pésant ventrachoux près de la Roche sur Yon. Le carrosse était soigneusement garé sous le hangar de la ferme, à côté des bottes de paille, pour pas qu'elle pourrisse. Là ou je compte l'amener, elle va pas risquer la rouille !!! Les seules misères qu'elle a dû connaître, c'est le transport de mogettes et de patates. Les sièges sont comme neufs, sauf  pour la poussière ! J'ai commis l'imprudence de taper sur un dossier de siège du revers de la main... keuf , keuf, keuf !!!!! Presqu'autant de poussière de patate qu'en produirait le dynamitage d'un immeuble de 40 étages !!!!

"Ah, ben dame, c'est sûr, l'est pas neuve..." dit pappy, à qui le résultat de ma claque sur les coussins de sa Rolls  venait de filer des complexes !!!  L'avait eu raison papy de passer l'annonce.

"Mon p'tit fiii' , l'en veut pas, 'la trouve pas à son goût...y dit qu'ses copains y rigol'raient !!!".

Ben dame..., l'a ben raison le p'tit fii, à f'ra ben moun affaire, t'elle bagnole , nom de bleu !!! .

L'ventrachoux l'en veut 1000 Francs. Mille francs, dame...., a's'trouv' pas sous les sabots d'un ch'val....

Je fais un peu le difficile, je tourne, je vire, j'essaye la tire dans les flaques de purin de la cour de ferme en veillant à pas écraser les dindons et les cochons en vadrouille. Faudrait pas que je me fasse mal voir ! Elle est superbe elle tourne comme une montre Suisse qu'aurait juste été révisée. L'a juste besoin d'un bon coup d'aspirateur et elle repart pour une seconde existence. Tu vas voir cocotte, on va en avoir des aventures ensemble !

 Pourvu qu'il n'y ait pas une crapule qui se ramène avant que j'ai fini de bouffer la tête au vieux !!! Je me décide en prenant bien soin de faire sentir que c'est un peu cher.... m'enfin...je fais un effort !!! En fait, c'est une occasion en or ! Je viendrai la chercher demain.... Je lui file deux billets de 500 balles à regret en les retenant un peu du bout des doigts, histoire de lui donner mauvaise conscience. Et je récupère prudemment la carte grise, sous une raison bidon. Il voulait la garder jusqu'au lendemain. Vieux sentimental va ! Je me méfie. Le ventrachoux, c'est rusé comme un singe ! Et têtu comme un baudet du Poitou. Dès que les effets du calva matinal seront dissipés , il pourrait bien changer d'avis. Ces vieux animaux là, si on leur donne le temps de réfléchir...... !!!! 

J'ai eu raison d'être prudent. Le lendemain, quand je suis revenu chercher mon bijou, papy avait sorti son mouchoir règlementaire blanc à carreaux bleus de 50x50 ! Il pleurait sa 504 bien aimée à chaudes larmes. Il avait eu une multitude de coups de téléphones d'une bande de salopards, aventuriers de 4 sous qui la voulaient sa 504. Seulement j'étais passé avant eux, c'était plus la sienne, mais la mienne, et ça les avait mis de mauvaise humeur !!! Cette bande de sans coeur lui avaient filé des remords en disant qu'elle valait au moins trois ou quatre mille francs !!!! La valeur d'au moins dix sacs de mogettes ...... Mais moi j'avais la carte grise dans la fouille! Pépé avait des hoquets dans la gorge en voyant partir son carosse.  Et encore, j'ai été gentil, je ne lui ai pas dit que je faisais la traite des Pijot et que je l'emmenais marier à un black, sinon il aurait sorti son carouille !

Finalement on part en juin. J'avais longuement préparé ma voiture en fixant sous le carter moteur une tôle de protection contre les projections de pierres. Accessoire que j'aurais pû faire poser en Algérie pour 4 sous, et j'aurais pas eu besoin de me mettre ventre en l'air dans le guano de crottes de pigeons du hangar de Raymond, mais je ne savais pas. J'avais aussi enlevé, sur les conseils de mes copains, le calorstat afin de faciliter le refroidissement une fois débarqué sur le sol d'Afrique. Ce qui fut une opération stupide qui me permit de me geler les bijoux de famille pendant les nuits glaciales dans le milieu de l'Espagne.

Mes copains de voyage ? Je n'ose pas les présenter. Ca pourrait choquer mes lecteurs ! Et moi je vais avoir honte.

Raymond, un voisin. Marginal, sympa au fond de lui même. Mais démoli à vie par l'Assistance Publique qui l'avait récupéré chez ses parents défaillants et placé chez un pésant en Dordogne. Le pésant le faisait coucher à l'écurie, le tabassait à chaque cuite qu'il prenait, c'est à dire tous les jours....Maisons de correction, rebellions, fugues, une vie de misère. Raymond est resté un révolté contre la société. Il est devenu marginal, fainéant, voleur, contestataire. Dommage, un brave gars, mais démoli. Il a un peu travaillé comme menuisier, il parait qu'il était un excellent ouvrier. Un jour, en sortant du travail sur sa mob, il a eu un grave accident de circulation ou il a perdu en même temps qu'un os, le peu de courage que l'assistance publique n'avait pas réussi à lui démolir !!! Il a perdu le péronné. Il peut marcher mais doit mettre un leggin. De cet accident finalement bienvenu, il touche une petite pension qui lui permet de se laisser vivre. "Moi j'entame ma douzième année de congés" a-t-il l'habitude de dire.

S'il a laissé son courage dans cet accident, Raymond a compensé en devenant un voyou demmerdard. Il ne paie pas l'électricité. Il me met au courant (si on peut dire !!!) de plusieurs trucs pour pas payer l'électricité. Si certains sont très fins, pour d'autres , c'est plutôt de l'ordre de l'entreprise de  travaux publics !!!!!. Je n'ai pas le droit de raconter, ce sont des informations qui ne se transmettent que de bouche de voyou à oreille de voyou. Lui, il a délicatement enlevé le plombage de sécurité du compteur et stoppe le défilement !!!!!!!!! Ensuite il remet les plombs en place sans que ça se voie. Je lui dis "Mais si tu pètes le fil, comment tu feras ?". Raymond à réponse à tout : "Ben j'irai en voler un autre dans une maison...ça me gêne pas....!!!!".

Ensuite il y a la Charlotte. C'est la copine de Raymond, avec qui il cohabite tant bien que mal dans une vieille baraque vendéenne en bordure du lac de ... ah non , si je vous le dis, je vais avoir des problèmes. Charlotte, c'est un cas !!! Jamais travaillé de sa vie, se contente du RMI qui lui évite de gros efforts. Parano, mytho, perverse narcissique,  jalousie galopante et débridée et qui plus est commence à être rongée par le Dr Alzheimer  !!! Elle et Raymond, consommateurs invétérés de shit et d'herbe. Ils en consomment en tisane en plus de la fumer ! L'herbe , s'ils pouvaient, ils en prendraient même en suppositoires , en piquouses ou s'en fourreraient dans les oreilles !  Charlotte est provocante, emmerdeuse, jalouse de tout ce qu'ont les autres et qu'elle n'a pas.... et dont elle clame ne pas vouloir, parce que c'est "pour les bourgeois". Un sale caractère, des réflexions méchantes toute la journée, la cinquantaine qui la guette au virage. Je soupçonne que la consommation de shit ne doit pas l'arranger. Je dois tout de même dire à son avantage qu'elle est rouquine, rougeaude, maigre comme un gant de toilette et sale comme un peigne. Risque pas de se faire violer la Charlotte !!!! Sauf peut-être dans la brousse par un singe, un vieux singe aveugle et arthritique ! Peut-être le gorille de Brassens.

Olivier, le fils de Raymond. Une vingtaine d'années. Supporte pas Charlotte qui le critique et l'insulte en permanence. Et Olivier le lui rend bien, il a une haine tenace de Charlotte et passe son temps à marmonner des injures que ma mère m'a interdit de répéter. Olivier est un brave gars, mais hélas, il a  hérité avant l'age des chromosomes paternels. Il a pas hérité d'argent, ça risque rien. Il a hérité de la fainéantise. En plus de la  formation de fainéant, il a une déformation de comptabilité !!! Et comme il a réussi à travailler suffisamment pour toucher le chômage, il ne s'en prive pas. C'est pas son père qui va l'encourager à faire autrement. J'entends souvent son père lui dire à propos de tout et de n'importe quoi : "J'en ai rien à foutre, tu fais comme tu veux !"...."J'en ai rien à branler, démmerdes toi !!!". Et la Charlotte, bien placée pour ça,  d'habiller Olivier: " Petit con, morveux, fainéant...". Et Olivier de renvoyer "Vieille pute, cinglée, saloperie, j'en ai mare de cette vieille conne, vais m'barrer...". Les journées s'écoulent joyeusement dans le gourbi et on ne risque pas la morosité une fois que tout le monde est réveillé et a pris le petit déjeuner, c'est à dire à partir de quinze heures les jours de grand soleil....

Il y a aussi les copains qui vienent faire des visites: Madeleine, instit, assez intelligente. Je ne comprend pas ce qu'elle fiche avec des copains comme Raymond et Charlotte. Sinon pour le shit. Parce qu'elle fume elle aussi des pétards. Mais elle travaille, donc gagne de l'argent. Or Charlotte déteste tous ces gens qui gagnent de l'argent, qui "amassent" comme elle dit. Je ne comprend pas comment elle fait pour supporter Madeleine sans être jalouse.

Armand, le mari de Madeleine. Kiné . Héritier d'une famille vendéenne qui fait dans le cadavre de poulet. Usine, abattoirs, ils fournissent tous les supermarchés de la région en berlingots blancs mal déplumés,  nourris en batterie à la farine, pas hallal pour un sou . J'en ai même vu dans d'autre régions de ces cadavres estampillés à leur nom. Empoté au possible l'Armand. Sa mère a certainement du faire une grossesse de 18 mois. Lui aussi fume des pétards. Gentil, mais vit dans un autre monde. Arbore en général un sourire béat.

Et moi, et moi , qu'est-ce que je fais là ? Je ne fume ni shit ni tabac, je suis au chomage, mais j'espère que ça ne va pas durer, signe de mauvaise mentalité.  Ce que je fais là ? Ben c'est simple: depuis le temps que je veux aller en Afrique, c'est l'occasion ou jamais. Raymond est mon voisin. Un jour de dèche il est venu se faire payer un café et me boire une de mes bouteilles de Bordeaux de vingt ans d'âge. Dans la discussion animée, satisfait de mon Bordeaux, alors qu'il me racontait ses aventures en Afrique et que je lui avais fait part de mon désir de connaîtrel'Afrique, il m'a dit "T'achètes une caisse et tu nous suis". Ca me va comme ça. Bien sûr, c'est une bande de fous, mais je serais même parti avec le diable si c'avait été nécessaire.

Donc, j'ai acheté la Pijot de papy et j'attend patiemment que Raymond et sa belle soient suffisamment reposés pour donner le signal du départ. Raymond avait tout préparé. Il avait ressorti du placard une guerba que je pense avoir vue sur une gravure ancienne. Je crois que c'est une des guerbas seules réchappées du massacre de la colonne Flatters en 18..... et quelques. Elle était raide comme une planche. Raymond l'avait mise à tremper dans la bassine qui sert d'abreuvoir à son chien.....

 Ah zut, .....j'ai oublié de parler du chien...... Quel dommage... une vedette, ce chien !!! Me rappelle plus son nom. Ca a été un très beau chien, un Bas je crois. Moi j'y connais rien dans les races, sauf que je suis français et que ma voiture c'est une Renault. Le pauvre clebs, il est bouffé par la pelade sur le croupion. Il se gratte tellement , se mord la couenne avec une telle rage qu'il n'a plus de peau, il saigne. Il faudrait le faire soigner, mais bien sûr, pour ça, il faudrait payer le vétérinaire. Ici, on ne paye pas, on vole !!!! On vole pour pouvoir payer le shit. Parce que le shit, pour le voler, c'est scabreux !!!! Pour tout arranger, le pauvre chien a le train arrière qui a les boggies qui commencent à faiblir. Il se casse la gueule tous les trois pas. Quand j'arrive, il se met à rouspéter comme un perdu, me fonce dessus, hargneux, et se casse inmanquablement la gueule sur les deux marches d'accés au gourbi de Raymond et Charlotte. Le chien est tout à fait dans l'ambiance, il ne dépare absolument pas du reste. Quoique je n'aie pas tout dépeint !!!! Il y a un copain de Raymond, qui sent horriblement la crasse à cinq mètres. Il y a aussi le frère de Raymond. Mais si je raconte ça, je vais perdre des amis.

Je disais donc que Raymond avait mis à tremper sa guerba dans la gamelle du chien. Une fois qu'elle fut ramollie, il l'a remplie d'eau pour qu'elle se fasse bien et l'a suspendue au dessus de l'évier médiéval de la cuisine, en pierre de carrière du XVII siècle, dont la rigole traverse le mur en torchis pour aller dégueuler dans les orties qui léchent la façade au pied du mur avant d'aller dégouliner dans le lac. La guerba,  on dirait le résultat d'une fausse couche de Charlotte !!!! La guerba, elle aussi,  s'accomode très bien dans l'ambiance avec le reste du mobilier que je n'ai pas le temps de décrire. Mais s'il croit que je vais boire dans le placenta de Charlotte, il se trompe. Je préfère crever de soif en plein désert.

 Tous ces préparatifs ne furent pas vains. Mes copains ayant finalement terminé de se reposer - à moins qu'ils aient été en manque de shit ? - on décolle finalement de notre campagne vendéenne au début du mois de juin. On descend la France par Bordeaux, l' A10, Biarritz, St Jean de Luz, passage de la frontière (eh oui, il y en avait une à cette époque !) et fouille minutieuse des voitures , St Sébastien, Vitoria, Burgos, Madrid, Valdepenas, Bailen,  Guadix et enfin Alméria pour prendre le bateau. Une migration de clochards !!! Pannes sur pannes des ferrailles de Raymond et Charlotte. On s'arrêtait toutes les 100 bornes parce qu'ils carburent au café et au shit et qu'il faut bien faire le café et se rouler les pétards !!! C'est ma pomme qui fournissait le camping gaz. Bien sûr, dans ce genre de voyage on ne dort pas à l'hôtel, mais dans la voiture ou à la belle étoile . Finalement, c'est pas désagréable.

Trois jours pour traverser l'Espagne !!! Il est vrai que la voie express est en cours de construction et qu'on n'emprunte que des routes. On a eu une nuit de grande fraicheur, j'ai attrappé la crève, mais en voyage, on supporte . L'aventure ne s'arrête pas pour un mal de gorge et une toux.
Longue vadrouille parsemée de prises de têtes, d'engueulades, de délires agressifs de la vieille, de pannes des voitures de mes copains, qui pour faire des économies n'ont fait ni vidange ni contrôles et en récoltent les fruits. Il y a même eu des pannes d'allumages suite à usure des vis platinées vieilles comme les chaussures de ma grand mère ! Et un alternateur qui a rendu l'âme et que Raymond a fait rembobiner.

Et enfin le bateau à Alméria. Six heures de traversée et on met les roues sur l'enclave espagnole de Melilla. Nuit à Melilla au camping. Le lendemain on passe la frontière Espagne-Maroc. Direction Oujda à 120 km, la frontière Maroc-Algérie. Le passage des frontières africaines est une épreuve nerveuse !!! Des heures d'attente pour avoir un bout de papier, des refus catégoriques de laisser passer pour des prétextes futiles ou inexistants et qui ne durent que le temps de changer d'avis, des backchichs glissés dans le passeport ou donnés tout simplement de la main à la main, le douanier Marocain rouspétant carrément toute honte bue : "C'est pas assez !!!".....

ALGERIE:

Douane Algérienne, j'ai facilité le passage avec une bouteille de Jhonnie Walker achetée sous douane à Melilla. Ravi, le douanier l'a faite prestement disparaître sous le comptoir et m'a facilité le passage. Le seul qu'on ne peut pas acheter, c'est l'artiste qui, au dernier contrôle,  met la voiture sur la fosse pour chercher la drogue. Il mérite bien le qualificatif d'artiste, rien ne lui échappe.

 En Algérie, Mahgnia, Tlemecen, Mascara, Tiaret, Aflou, Laghouat, Ghardaïa.
 
Ghardaïa :


Ghardaïa vue de l'hotel Rostémides sous deux éclairages différents


A Ghardaïa mes copains ont voulu passer une nuit à l'Hotel Rostémides. Classe internationale, restau .... un peu international !!!! Les serveurs font de la retape de whisky pendant le service !!!! Il y a une piscine. La Charlotte dit que d'habitude ils se baignent. Ca lui fait sa douche annuelle. Pas de chance, la piscine est vide. Quand ils ont vu arriver la clodotte, ils ont dû prendre peur et vidanger d'urgence !!!  On a pris le thé sur des sofas plus prétentieux que grand luxe. Raymond et la Charlotte ont pris de grands airs suffisants et jouent les grands seigneurs habitués au luxe international. Ils ont du avoir une lobotomie, ils ont oublié leur mechta vendéenne. Olivier et moi avons pris une chambre à deux lits. C'est pas mal... en apparence. Sauf que.... des cafards cavalent dans la douche. Il fait chaud, Olivier se déshabille et se précipite sous la douche. Il en ressort illico,  aussi sec qu'à l'entrée, hilare : "Ah ah !!! Putain, les cons !!! y'a pas d'eau !!" Il décroche le téléphone noir modèle sécurité sociale année 1950 pour appeler l'accueil , il n'y a même pas de tonalité !!! C'est le confort "hôtel déclassé international" 5 cafards !!! Evidemment, comme on est obligé de payer, les deux amoureux ont décidé, pour le lendemain d'émigrer au camping. Faut quand même pas abuser du luxe.... On va passer trois jours au camping.On a mis une semaine pour venir jusqu'ici. Lors d'un prochain voyage solitaire, il me faudra trois jours. Ils sont fatigués, il faut qu'ils se reposent.

Ghardaïa fait partie de la pentapole dans la vallée du M'zab. Ca fait instruit de dire ça !!!! La pentapole, c'est Ghardaïa, Bou Nourha, Beni Isguen, Melika, El Atteuf (prononcer Elat'f). Les habitants sont des Mozabites. Ils sont issus de berbères puritains, rigoristes et commerçants. Ils se sont réfugiés dans le désert vers l'an 1000 pour se protéger, suite à un schisme religieux. Leurs femmes sont voilées de la tête aux pieds. Il ne leur reste qu'une échancrure pour l'oeil gauche. Quand elles rencontrent un homme, elles doivent se tourner contre un mur et le laisser passer. Elles ne sortent généralement pas, en tout cas rarement seules. Seuls le mari et les enfants peuvent les voir non voilées. Malgré leur rigorisme religieux les Mozabites sont un peuple calme qui ne se mêlent pas des affaires politiques. Pendant la guerre d'Algérie, ils ne se sont mêlès de rien. Ce sont des hommes sympathiques pour qui le travail est une joie. Ils se marient entre eux.

Ensuite El Golea (El Menea) ou on est passés sans s'arrêter , puis sur des centaines de kilomètres, le fabuleux plateau du Tadémaït,






 
Arrêt-café-pétard entre El Goléa et In Salah. Le type au chapeau est un handicapé algérois en vacanes et qui faisait du stop sur ses deux béquilles. Raymond l'a ramassé et l'a amené jusqu'à Tamanrasset. Sur la photo, mes clodos de copains vont réussir à allumer leur réchaud à charbon et à faire du café. pourtant il souffle un vent bouillant très fort.

Dans les endroits sableux, le désert submerge totalement le goudron. A certains endroits, le bulldozer est laissé au bord de la route en permanence pour pouvoir être là lorsque les ouvriers de l'entretien viennent désabler. Mais le résultat de leur travail ne dure pas longtemps, le désert reprend aussitôt ses droits.

Devinette : c'est quoi ça ? (la photo ci-dessous).


Alors, on parie ? C'est quoi ça ?

1 - Une prison .
2 - Un café .
3 - Une ruine.
4 - Le syndicat d'initiatives .




Faire dérouler l'écran, vous aurez la réponse..........











Réponse: 2 !!!

C'est un bistrot algérien !!!! Enfin..... un café, car ici officiellement on ne consomme pas d'alcool.... (je répète: officiellement).

Mais si , mais si ! ceci est un café !  Entre El Goléa et In Salah si mes souvenirs sont bons. Un café équipé d'un réfrigérateur. Un réfrigérateur à gaz.  Même qu'il a  des bouteilles de gaz. Désespérément vides bien sûr !!!! Mais le principal n'est-il pas de posséder l'outil ! L'approvisionnement en bouteilles de gaz..... inch'allah !!!! De temps en temps !!!!



Voici les murs du café..... qui comptent les aventures des clients !!!!






Je vous présente mes copains crasseux ! A gauche, l'algérien stoppeur sur béquilles. A côté, Madeleine, Raymond (moustachu), la Charlotte qui pompe consciencieusement sa cigarette afin de se détruire au plus vite, de 3/4 Olivier. Celui qui rit, c'est Armand .



Ca c'est nos caisses devant le.... café !!! La mienne est cachée par le break de Olivier.

   
In Salah :

On approche d'In Salah

Une centaine de kilomètres avant In Salah, un paysage à couper le souffle.         
   
  


La photo ci-dessous a été prise depuis le bas côté dans le dernier virage en bas.


Ma voiture, c'est la verte à gauche de la photo.
Ce sont d'anciens cônes volcaniques tabulaires.

 In Salah. Insalah avec le désert qui encombre les rues. Le sable grimpe aux murs, apporté par les vents de sable. In Salah a véritablement un look et une ambiance Soudanaise.

A In Salah, on a logé au camping de l'Hadji, c'est le surnom du patron. Certainement parce qu'il à fait le pélerinage de La Mecque. Très bien. Bien ombragé, une petite buvette épicerie sympa, le patron cultive dans un petit jardin de terre rouge de magnifiques tomates, poivrons, carottes,etc... Dans le fond du camping il y a des douches qui fonctionnent. Et à côté des douches, les chiottes odorants avec des cafards bien élevés qui vivent leur vie de voraces !!!! Ne parlons pas des mouches, ici on est obligé de faire avec.

In Salah est la région la plus chaude du Sahara. C'est dans ces environs que j'ai trucidé mon thermomètre anéroïde aux environs de soixante degrés avec une brume de chaleur qui masque tellement l'horizon qu'on croirait être sur la mer un jour de brume épaisse.

On a mangé au restaurant le soir. C'est pas habituel pour mes copains margeos !!! C'était un modeste petit restau, mais pas une gargotte. On a mangé une assiette de crudités. Misère, combien de touristes mangeraient des crudités  ici ???!!! Aucun. Et on a bu à la carafe communautaire. Eh oui, j'ai bu à la même carafe que la Charlotte .... ou plutôt, c'est elle qui a bu à la même carafe que moi. Ce qui ne change d'ailleurs strictement rien. Je ne l'ai pas contaminée et elle non plus !!! In Salah signifie "source salée". Ce qui se vérifie. L'eau est bien saumâtre, même très saumâtre, mais claire et propre. Très bonne au final quand on crève de soif. Tout le long du voyage, j'ai toujours bu l'eau locale en pot sans jamais attraper la courante.

Les bourgeois ont loué une zériba. C'est une cabane faite avec des branchages de palmier. Moi j'évite la cohabitation avec le cheptel, c'est pourquoi j'ai étendu ma natte dehors à côté de ma voiture, sur le sable rouge. Olivier a fait de même car lui aussi la cohabitation lui donne des boutons. On a de quoi se méfier, dans le nord du pays, la vioque s'était plainte un soir du manque d'entrain des hommes..... J'ai préféré ne pas comprendre le sous entendu. Est-ce que par hasard elle s'imaginerait se taper de la jeunesse la vieille folle ? Depuis je garde prudemment mes distances.

Dans la nuit le vent s'est levé, il a soufflé en rafale, puis rapidement des gouttes grosses comme des carafes sont arrivées. J'ai vite déménagé mes linges et mon couchage dans ma voiture. Il était temps, avant même que j'ai le temps de refermer la porte, il tombait un vrai déluge accompagné de coups de tonnerre cauchemardesques entrecoupés d'éclairs comme je n'en n'avais encore jamais vu.

A travers la pluie, j'ai aperçu la joyeuse troupe qui quittait précipitamment la zériba qui prenait l'eau de tous les bords, pour se réfugier dans leur voiture. Au moins Raymond et Charlotte se seront lavés une fois pendant le voyage !! Va sentir un peu moins fort la vieille !!!

Le lendemain matin, tout était oublié, soleil radieux pour commencer, puis comme tous les jours, soleil de plomb écrasant tout.
Vérification des niveaux huile et eau, et c'est reparti.

Les célèbres gorges d'Arak.......



On ne le croirait peut-être pas, mais dans les gorges d'Arak, au bord de la route, en contrebas sur un grand parking de pierres battues (!!!!) il y a deux ou trois gargottes Trois Cafards au guide Mohammed-Michelin. On peut y manger de la sauce aux haricots et boire de la gazouze, le coca made in Algeria. Si on a tiré le bon numéro, au fond des haricots, on  trouve un os gratuit. Et pour ceux qui sont bénis des dieux, il peut se faire qu'un peu de viande hallal reste attachée à l'os. Certainement par une bizzarerie de la nature. Il y a aussi  un hôtel deux scorpions !!!! En tant qu'hôte privilégié, on m'a fait coucher sur une table. Pour éviter les scorpions. Bien que des nomades couchaient par terre dans leur burnous sur le parking. Si c'était à refaire, j'irais dormir à côté des nomades, et pas sur cette p.... de table qui m'a cassé les côtes et d'ou j'aurais pû me casser la gueule pendant mes rêves érotiques des mille et une nuits.

Le reste de la route goudronnée entre les gorges d'Arak et Tamanrasset est réservée aux aventuriers.Touristes frileux s'abstenir, en tout cas ne pas amener la vaisselle en porcelaine ni la belle mère, sauf si elle est chiante et qu'on veut la corriger de ce vilain défaut. La chaleur est tellement forte l'été que le goudron ne tient pas le coup. J'y ai vécu jusqu'à soixante degrés dans la voiture vitres fermées et chauffage allumé à fond.... On me dira, à cette température là, pourquoi j'ai mis le chauffage ? Pour  cuire les patates ou les merguez ? Tout simplement par obligation, le moteur bouillait comme le Vésuve, c'était pour le refroidir un peu mieux.

Et pour quoi que j'ai pas baissé les glaces ? Mais que c'est pénible les gens curieux....J'ai pas baissé les glaces pour avoir moins chaud !!!!! Pour la simple raison qu'en baissant les glaces, il faisait plus chaud dehors qu'à l'intérieur avec les vitres fermées et le chauffage à fond !!! En passant la main dans le courant d'air on se brulait les doigts. C'était lors de ma seconde descente, en juillet 1991, un mois plus tard, lorsque j'ai emmené ma fille avec moi. Elle avait 17 ans. Elle était liquéfiée. Moi je risquais rien, j'avais déjà plus de graisse depuis ma sortie de l'armée. Donc mon thermomètre anéroïde avait fondu les plombs à 60 degrès !!!! Je raconterai ça au prochain épisode.

A cette température, le goudron fond, se décolle. Cette route est  arpentée par une noria de poids lourds qui ravitaillent depuis Alger toutes  les villes, villages et bourgades qui s'égrénent le long de la transaharienne.Cette route est truffée non pas de nids de poules, mais de véritables trous d'obus totalement inévitables. Essayer d'en éviter un est illusoire, on tombe dans un autre. Tenter d'éviter l'autre est pire encore, on en prend un autre trois fois plus profond. Rouler sur le bas côté ? Deux roues oui, mais les deux autres, on peut pas les mettre dans la poche !!!! Dans le désert, sur la tôle ondulée, à 60 à l'heure on est comme sur du velours. Mais ici monter à 60 à l'heure est impossible, on casserait tout. Alors on se ballade entre 5 et 30 à l'heure pendant 100 ou 150 kilomètres en se tenant les tripes, en essayant vainement d'éviter les trous les plus profonds. Et tout à coup, plus de trous.... pfuhhhh.... on relaxe, on accélère, c'est la belle vie !!! Et brusquement, sans avertir ... broum, une bombe dans le volant, et ça recommence encore pour 20, 50, 70 kilomètres !!!!

"Mais c'est pas tout, mais c'est pas tout.." chantait Bobby Lapointe. Il y a des portions ou il n'y a pas de trous. Je me rappelle d'une portion de route superbe après Arak. Pas un trou en vue sur des kilomètres. On accélère, on se fait du 90 !!!! Et juste après ce petit virage de rien du tout, y'a un mec qui a essayé d'enterrer une vache ( ou peut-être un chameau)  au beau milieu de la route !!!! P...... debout sur les freins, on s'accroche au volant et à son gros intestin, et paf... la direction de la Pijot, en plein dans le trou, on se cogne la tête au plafond. Et on se cogne les fesses sur le siège et le nez dans le volant quand la Pichot remonte de l'autre côté. Nom de dieu, elle est foutue, impossible de résister à ça..... Eh bien si, elle résiste, et même elle continue sans broncher. C'est pour ça que la 504 a été si recherchée en Afrique.



J'ai emprunté cette photo. Elle représente en fait une portion de route en excellent état.

D'ailleurs moi qui ne suis pas un menteur, juste un peu moqueur, j'ai à mon actif un record unique: une nuit vers deux heures du matin, dans une bourgade dans le nord de l'Algérie, entre Mahgnia et Afflou, je ne sais pas trop où, dans un moment de semi assoupissement, j'ai été surpris par un gendarme couché bien moulé qui sommeillait au milieu de la route. Ma 404 plateau était chargé de deux ou trois moteurs 504, un stock de vieux pneus de camion, un pont arrière de 404 dont un gitan ferrailleur m'avait fait cadeau pour s'en débarasser, une vingtaine de moteurs de congel hors d'usage, de vieux amortisseurs .... environ deux tonnes de ferrailles. Le temps de me réveiller, j'ai vu le gendarmes couché trop tard. Je me suis cramponné au volant. Ma 404 plateau a décollé sans que je tire en arrière sur le manche !!! C'est long, très long, très très long un vol plané de 404 plateau !!!! Le temps de se dire : "Ca y est, elle est foutue, j'ai tout perdu, elle va se casser en deux, c'est forcé....je perd tout, comment je vais rentrer....". Finalement, après un long vol plané, elle a atteri. Un crève coeur. Une horreur. Un bruit d'enfer, le contenu de mon sac de voyage qui dégueule sur mes pieds, les clefs à pipes qui passent sous les pédales, les casse croûtes qui se font la malle, le même bruit que celui de la chute du Concorde..... Je lui ai laissé vivre sa vie après atterrissage. "yankee charlie, piste claire.....". Il m'est revenu à l'esprit des souvenirs anciens d'atterrissage en canard !!!

Démoralisée la 404 plateau ? Sûrement pas !!! Elle a continué son bonhomme de chemin sans m'en vouloir, enchantée de son premier décollage réussi. J'étais  complètement groggy du choc avec le plafond en tôle. Ca a seulement nécessité  de rebrancher correctement la tringlerie de la boite à vitesses, vu que je ne pouvais plus passer que la seconde et la quatrième.

Et pour continuer à parler de la route de Tam, il y a aussi de petits intermèdes, des joyeusetés, du genre : un bloc moteur de camion au milieu de la route. Pourquoi au milieu ? Sais pas. Il y a aussi des vieux pneus déchirés, abandonnés sur le bas côté ou même sur la chaussée. Souvent d'énormes morceaux de pneus de camions. On trouve aussi des bielles, des cylindres, des jantes de voitures et de camions, des machoires de freins abandonnées et traitresses qui peuvent cisailler un pneu ou rebondir sous le chassis et casser une transmission. Quand ce n'est pas tout simplement un rocher qu'une bande de plaisantins ont du mettre là histoire de s'amuser !

Il arrive même quelquefois que la route débouche tout simplement sur un ravin abrupt creusé par l'oued en crue qui a traversé et dévasté la chaussée sur une profondeur de deux ou trois mètres. Dans ce cas là, il faut prendre une piste sur les côtés, généralement semée de bacs à sable très profonds et de pierres coupantes comme des couteaux.

Ce qui m'a toujours étonné dans ces endroits désolés et sauvages, c'est les inscriptions sur des murs de mechtas abandonnées, certainement depuis la guerre. Des inscriptions du genre : Gérad et Yvette juin 78 !!!! Ou encore: Montauban 3500 Km, accompagné d'une flèche vers le nord !!! A croire qu'ils devaient être nostalgique et pressés de rentrer !

Moi je n'ai jamais été pressé de rentrer. Je me sens bien ici, je vis, je suis dépaysé, je suis sur mon petit nuage rose. Une sensation de dépaysement qui est une vraie drogue. Une impression de fouler un sol vierge. Ce qui n'est bien sûr qu'une illusion, mais en tout cas la solitude et la sensation de ne dépendre de personne d'autre que de soi même. Un petit bout d'aventure, c'est pas à dédaigner ? C'est la moins chère et la moins toxique des drogues, meilleure qu'un cigarette.

On rencontre aussi des semi remorques arrêtés dans le désert à cinquante mètres de la route, les chauffeurs font la prière, cassent la croûte ou font du thé, sous le camion parce que c'est le seul endroit ou ils trouvent de l'ombre. On en voit aussi qui réparent eux même leur camion parce qu'ils n'ont pas le choix. J'ai vu des essieux démontés et le conducteur plein de graisse se débrouille seul, mais le plus souvent à deux car par sécurité il y a deux chauffeurs par camion. Ils peuvent rester à réparer une semaine ou deux.... Quelquefois l'un d'eux fait du stop pour aller chercher une pièce. Son collègue surveille le camion , seul pendant 3, 4 ou 5 jours, voire plus. Ici le temps ne compte pas.

Le marabout de Moulay Hassan :


Ici le  marabout   de Moulay Hassan entre In Salah et Tamanrasset. Il est totalement sans intérêt ! Sauf pour mes copains qui s'y arrêtent pour faire couleur locale et se taper un café-pétard, certainement en relation directe avec leur religion !!! Certains routiers font trois tours du marabout, ce qui leur assure paraît-il un bon voyage. Comme mes copains croient à ces conneries dur comme fer, ils ont fait le tour eux aussi. Autour du marabout, pas de goudron, du sable très fin. Je les ai suivis, je découvre le plaisir de rouler sur le sable !!! J'ai enchainé dérapage sur dérapage, c'est pas interdit par le coran !!!! Une crise de rire et un nuage de poussière à faire éternuer un chameau ! J'ai même fait un tour supplémentaire . La Charlotte était furax ! "Toi, t'as pas pu t'empêcher de faire le con hein ? " . "Ben non, j'peux pas m'en priver, c'est comme toi avec le shit !!". Elle bouillait la Charlotte-gant-de-toilette. Raymond a rattrappé la sauce: le pélerinage veut qu'on aille mettre des pièces de monnaie dans une fente du marabout pour s'assurer définitivement un bon voyage. Radins comme ils sont, ils ont cherché la plus petite pièce de monnaie algérienne. Un dinar chacun. Un dinar ça fait combien ? Bof, certainement approximativement un quart de centime de franc.... Moi qui suis très croyant, j'ai réussi à trouver un bouton de braguette pour ne pas trop me démunir de mon argent.

On me croit si on veut, mais c'est très efficace. Il devait manquer à Allah un bouton de braguette, il a apprécié mon généreux don. J'ai roulé jusqu'au fin fond du Niger, à  Maradi, en pays Haoussa, pas loin du Nigéria, sans aucun problème avec la voiture à papy ventrachoux. Par contre Allah, s'il a l'esprit pratique comme moi,  ne semble pas aimer se faire acheter par l'argent des radins. Vingt kilomètres après, ils ont été durement sanctionnés. La canalisation d'embrayage de la 505 de Raymond à rendu l'âme. En pleine pierraille .... Bon, l'histoire de la réparation, c'est long, ça fait partie d'un autre manuscrit en rade. Faudra vraiment que je le retrouve. Dans la merde le margeo. Tourne, vire, le joint de la canalisation a bien rendu l'âme et en vertu du principe "on se démmerdera toujours",  Raymond est planté et bien planté. La canaille à toujours de la chance. Un camion s'est arrêté spontanément. Les deux routiers se sont allongés sous la voiture, les reins dans les cailloux tranchants et une heure après ils avaient rafistolé la canalisation avec des bouts de fil de cuivre. Je défie tous les mécaniciens de France super équipés de réussir la même réparation. Cet enfoiré de Raymond les a royalement récompensés avec deux vieux pneus 100% usés qu'il avait dans son coffre. Sympas les routier algériens. Ici, on se débrouille, on réussit toujours à se dépanner. On prend l'habitude de tout garder, parce que tout peut servir: l'emballage du chewing-gum pour réparer un fusible défaillant, la boite de conserve pour réparer un pot d'chappement, la croute du fromage rouge pour boucher un trou du réservoir d'essence, un vieux lacet, les morceaux de fil de fer, les vieilles chaussettes, etc....




Ca, c'est le village de Moulay Hassan, à côté du marabout.Qui vit là ? De quoi vivent -ils ? C'est pas une des plus importantes questions sans réponse quand on fait la transaharienne qui aboutit à Tam !!!


la "campagne" autour du marabout..... Les rocher sont sculptés par les vents de sable.

Le désert près du marabout de Moulay Hassan.



In Ecker.

Une minute de silence. In Ecker ou furent effectuées dans la montagne bordant la route, les expériences nucléaires françaises après celles de Reggane qui elles, étaient effectuées en pleine atmosphère.
 Un scandale. Des prisonniers algériens on été attachés à des poteaux pour voir l'effet que ça aurait sur eux...    Lors du tir  Béryl, la montagne a failli exploser, des fuites radioactives ont eu lieu. Au cours des expériences, tant à Reggane qu'à In Ecker, des dizaines de militaires ont été contaminés, il y a eu des morts. Pierre Messemer et Gaston Palewski, ministres, étaient présents (Messmer était à cette époque ministre de la défense). Palewski est décédé des années plus tard des suites de cette irradiation. Les mêmes choses se sont produites en Polynésie ou il y a eu aussi des morts. Aujourd'hui la montagne est entourée de barbelés,  tout a été à demi enfoui sur place, avions, camions, matériel militaire, etc... Une honte pour la France.....

 
Le tir Béryl, qu'on peut retrouver dans les liens ci-dessous. Ce qu'on voit sont des fuites radioactives.

Je suis repassé à In Ecker pour la troisième fois en septembre 1991 avec un gars qui avait été militaire et qui a assisté au tir Beryl que l'on voit sur les photos. En 1991, il n'y avait pas encore internet, les renseignements étaient distillés au compte goutte. Ce qu'il m'a raconté correspond très exactement à ce que j'ai lu ensuite. Il ne savait encore pas qu'il avait assisté à un accident de tir nucléaire et qu'il avait peut-être été irradié. Il n'était pas conscient de ce qu'il avait vécu. Moi même, ça n'est que très récemment que j'ai fait le rapport avec ce qu'il m'avait raconté.

Maintenant la N1 Alger-Tamanrasset passe approximativement à l'endroit ou sont les photographes sur les photos. Au bord de la route, il y a une station essence et une gargotte, ou j'ai mangé. La gargotte c'est l'équivalent de nos restos routiers, mais en plus folklo !!!! Moi j'ai passé une nuit dans ma voiture, le nez au grillage de fermeture de la zone, sans savoir que je dormais à côté de l'enfer.

Des liens pour ceux que le sujet intéresse:

http://www.humanite.fr/2007-02-21_Societe_Algerie-la-bombe-atomique-en-heritage
http://www.jp-petit.com/Divers/Nucleaire_souterrain/in_ecker.htm

http://www.civismemoria.fr/contribution/?module=contrib&contrib=819
http://veteransdunucleaire.discutfree.com/je-recherche-veterans-du-sahara-f3/arrivee-a-in-amguel-juin-1963-t2495.htm#23970
http://www.astrosurf.com/luxorion/mururoa-irradie-pourlafrance.htm
http://www.algeria-watch.de/fr/article/pol/france/essai_nucleaire_debat.htm

 Après In Ecker,on traverse le petit bourg d'In Amguel, en bordure d'un oued dévastateur par temps de pluie. Puis apparaissent sur la gauche les montagnes de la Teffedest et du Hoggar. Fabuleux Hoggar. Le mont Tahat et ses 2900 mètres, pelé comme une montagne lunaire, l'Assekrem et l'ermitage de Charles de Foucauld. Il faut louer un 4x4 et un guide pour y monter. Depuis Tam, le paysage est lunaire et fantastique.





Paysage quelques centaines de kilomètres avant Tamanrasset. Mes copains fainéants dormaient. Le soleil allait se lever. J'ai escaladé la colline de rochers de l'autre côté de la route pour prendre cette photo du paysage. En bas à gauche au bord de la route, on aperçoit nos voitures. Les collines sont des amas de caillasses noires. Une légère brume nocturne flotte encore sur le désert.

Ce jour là j'avais embarqué un routier en panne  qui avait laissé son copain surveiller le bahut et qui redescendait à TAM pour aller chercher des pièces de rechange. Il n'avait pour toute provision qu'un morceau de pain rassis et une gourde d'eau. Moi il me restait une boite de quatre sardines à l'huile. Les autres avaient certainement quelque chose, mais ils l'ont mangé entre eux. Je ne pouvais humainement pas laisser le routier avec son seul petit quignon de pain. On a partagé mes quatre sardines: deux chacun. On a partagé son petit quignon et on a bu à sa gourde. C'est aussi ça la camaraderie sur la route. Je l'ai retrouvé au quatrième voyage dans des conditions incroyables et c'est lui qui m'a sauvé d'une situation très difficile.

Tamanrasset :

Enfin  Tamanrasset, la porte du désert. On longe le terrain d'aviation avant d'entrer dans la ville. C'est une ville très attachante. Je crois que Tamanrasset est la ville que je préfère. Elle passe après Venise, si on me permet la comparaison !  A Tamanrasset il y a des campings, un hotel grand luxe le Tahat, pas fait pour les pauvres, de petits hôtels, une poste, des marchands de souvenirs et de roses des sables, nombre de restaurants, des marchands de quincailleries de toute sorte et de bidons en plastique, des marchands de tissus, des touareg en ballade citadine, un poste depolice ou je me suis fait un super copain flic qui m'a rendu de super services, mon super copain Ahmid, mécano de sont état, qui travaille en chemise blanche et qui en remontrerait à bien des mécanos français,  un super marché un peu special ou on reste derrière le comptoir et on commande, le gars fait la note au crayon sur un bout de papier d'emballage. Il y a bien sûr une banque et un marché forain tous les matins ou on peut acheter de tout, surtout des fruits et de la nourriture. Mais je vais pas tout raconter au premier passage.



On est allé au camping Les Zéribas. Derrière le camping se découpe la montagne Adriane, pelée comme le crane de Yul Brynner, jaunâtre comme toutes les montagnes de la région qui sont d'anciens cônes volcaniques. A l'aire primaire, ici, ça devait être  chaud... plus encore que maintenant !

Tamanrasset est la ville des Tamaris, ces arbres aux feuillages filandreux qu'on appelle à La Réunion des Filaos. Le camping est ombragé avec peine par ces arbres qui présentent un avantage: des myriades de fourmis descendent le long des branchages filandreux et dégringolent sur la tête, dans le cou, dans la nourriture, dans le café, dans le sac de couchage. Quand elles sont par terre elles envahissent tout. Il y en a des miniscules, des énormes, des noires, des argentées. Certaines progressent en brusques démarrages pour s'arrêter 10 centimètres plus loin et repartir tout aussi brusquement en zig zag. Olivier les observe en rigolant, il les appelle des fourmis 4 x 4 !!! 

Il faut dire tout de même qu'elles ne sont heureusement pas seules sinon ça serait monotone. Il y a aussi des cafards gros comme des fers à repasser anciens qui rentrent paisiblement des chiottes qui ne sont qu'à vingt mètres de là. Ils viennent de faire un festin royal et vont faire leur promenade digestive. Rien ne les arrête. Alors on s'écarte pour les laisser passer.

Découverte:  les africains n'utilisent pas de papier hygiénique. Un africains part toujours aux WC avec sa bouilloire en plastique pleine d'eau ou sa bouteille. Un européen part avec son rouleau de papier. Mais il ne faut pas mettre le papier dans le trou vu qu'il n'y a pas de chasse. On met le papier au tas qui est déjà derrière la porte !!! Sacrée collection. En général on ne reste pas longtemps dans les toilettes ! Les mouches sont voraces, les cafards énormes et dégoutants. Quand aux odeurs, je préfère ne pas en parler au cas ou mes lecteurs devraient manger dans le quart d'heure qui suit.

Heureusement, au camping il y a des douches. C'est pour ça qu'on est allé au camping. Les mouches fonctionnent nuit et jour. Pas les douches !!! Pour elles c'est quelque fois entre 17 et 18 heures. Mais pas tous les jours, et au hasard. On prend une cabine de douche, on se démmerde pour trouver un endroit pas boueux pour poser les affaires vu que le vent transporte en permanence de la poussière de sable, et il arrive que la douche fonctionne.  Si elle ne fonctionne pas, mektoub, il faut essayer d'en trouve une qui pisse trois gouttes ! Et de toute façon il faut faire vite parce que si elle pisse trois gouttes, ça veut dire qu'elle va tomber en panne bientôt.

Le camping de Tamanrasset est le lieu de rendez vous des aventuriers de tous poils. Généralement des frimeurs qui viennent ici se raconter leurs aventures de frimeurs pour se donner du courage pour la traversée !!!!

Les vrais de vrais, comme mon copain Gilles ne s'arrêtent pas à Tam plus d'une demie journée. Le temps de faire le plein d'eau et d'essence et Gilles repart de suite et il roule même la nuit. C'est absolument déconseillé, lui il s'en fout. J'ai fait deux nuits de désert avec lui à écraser les gerbilles qui giclent de partout. Il roulait tellement vite qu'il m'avait distancé, je ne voyais plus ses traces. Comme j'avais repéré sa direction je me suis guidé approximativement sur les étoiles à ma gauche. C'était extraordinaire !!! J'ai retrouvé Gilles une heure plus tard ensablé !!!! On a poussé sa caisse et on est repartis. Au milieu de la nuit, alors qu'on se désablait une fois de plus, on a été rejoint par deux motards complètement paumés qui cherchaient leur direction ! Z'auraient pû avoir des ennuis les mecs !!!



A Tamanrasset, on a rempli nos bidons d'eau et d'essence. A la station service le gars n'a pas voulu nous remplir les bidons d'essence, seulement les réservoirs. Pourquoi ? Il paraît que la préfecture à interdit de remplir les bidons. De toute façon ici on ne peut jamais savoir la vérité. Alors on a rempli les réservoirs et on est allé chez un mécano qui a mis nos voiture sur sa fosse et a vidangé les réservoirs dans nos bidons. Ensuite on est allé refaire le plein à l'autre station service !!!!! Heureusement qu'il y en a deux !  J'ai payé le mécano de son service par un paquet de pâtes. Les algériens adorent les pâtes françaises !!!!! Mes copains eux n'ont rien donné, même pas un vieux pneu....mon paquet de pâtes suffisait paraît il !!! L'art de vivre sur le dos des autres.

On a passé 3 jours au camping infesté de fourmis qui dégoulinent des Tamaris et des cafards monstrueux qui cambriolent les chiottes !!!

Sortie de TAM. Il y a un poste de police et une barrière ferme la route qui donne sur le désert. Tout le monde s'arrête au poste de police. On se fait pointer sur un registre, au cas ou on se perdrait en cours de route et on ne serait donc pas signalé arrivé de l'autre côté. On enverrait parait-il des secours. Des secours ? Tu parles, ça ne s'est jamais vu. J'ai discuté avec un Tunisien qui a fait l'andouille et qui s'est perdu, panne d'essence. Il est revenu à pied, il s'en est sorti miraculeusement. Il a failli mourir de soif. Il n'a jamais retrouvé ni sa voiture ni le barda qu'il avait emporté. Il a bien retouvé l'endroit, mais seulement les traces de la voiture !!!! Contrairement à ce qu'on pourrait croire, on n'est jamais seul dans le désert, il y a toujours quelque part une paire d'yeux qui suit et observe.

Le Sahara de Tamanrasset à Arlit (Niger):

A la sortie de Tam, on a encore 70 kilomètres de chaussée hyper défoncée, puis tout d'un coup, entre deux tamaris pas gras, bas, étêtés par les vents de sable, brusquement du mou dans le volant, on plonge dans le désert ! C'est la fin du goudron. On ne le retrouve que 650 kilomètres plus loin.
Seuls repères, tous les 5 kilomètres un poteau de ciment de 10 cm au carré sur 2 mètres de haut, lorsqu'il existe encore. Des traces de roues partout, qui partent dans tous les sens. Il est préférable de s'efforcer de suivre ou de retrouver les balises. 400 bornes du fabuleux désert du Hoggar.  Le désert, c'est pas que du sable, c'est aussi des collines de cailloux, des kilomètres de pierrailles noires, des collines de schistes crèmes qui s'effritent,  des coloquintes sur le sable qui voyagent poussées par le vent en attendant la prochaine pluie dans 6 mois ou 20 ans, quelques rares touffes d'herbe à chameau, des mirages ou par grande chaleur comme en ce mois de juin 1991 on croit voir des lacs qui n'existent pas. C'est aussi la brume de chaleur qui enveloppe dans un cocon cotonneux en masquant l'horizon, le fech fech traître qui emprisonne les roues, la tôle ondulée sur laquelle il faut souffrir et se faire secouer la cervelle sur quelque centaines de mètres pour atteindre le 60 kilomètes à l'heure, vitesse à partir de laquelle on a l'impression de rouler sur un tapis. Et comme la configuration du désert ne donne  généralement pas l'occasion de garder cette vitesse trop longtemps, c'est une souffrance permanente, doublée d'un plaisir sans borne. Parce que rouler dans le sable est une sensation unique, un délice absolu. La direction est souple, douce comme les cuisses d'une jolie femme ! Jusqu'au moment ou les cuisses de la belle sont tellement douces, qu'on tourne le volant à droite et que la belle part se planter à gauche dans le plus profond bac à sable du quartier !!! Planté jusqu'aux yeux !!! Et la chaleur........ ici on consomme à peu près un litre d'eau chaude à l'heure ! Et le col de la chemise colle au cou comme une limace, sensation très désagréable. Et le slip colle lui aussi ....il faut prendre beaucoup de précautions pour en changer sans risquer écorcher le plus précieux de sa personne !!!! Moi je me suis changé à Agadez. Durant le voyage, j'ai supporté la misère.....

Assez parlé, je vais pas tout réécrire, vu que mes aventures avec Raymond et sa Charlotte ont été nombreuses, remuantes, quelques fois même vigoureuses.

Je vais me contenter de montrer quelques photos.


Plantés en plein désert. La première, c'est celle d'Olivier. Il roulait trop lentement, il s'est planté. Et moi derrière, je roulais trop prés, chose à ne jamais faire. J'ai failli l'emboutir, j'ai bien essayé de me dégager à gauche, mais c'était trop court, je me suis ensablé jusqu'aux phares !!!! Pousser par cinquante degrés à l'ombre pour désabler les voitures est un effort surhumain. Et ça donne soif. L'eau de mes bidons était bouillante, celle de la guerba de Raymond était fraîche et délicieuse. Elle avait bien un goût de charogne mais j'en ai tout de même bu avec plaisir. Qui l'aurait crû ???.




Eh ben oui, on y est tous dans le sable !!!


Heureusement que dans le désert il y a de la circulation et de l'entraide !




C'est eux qui nous ont aidé à en sortir !!!



Ici on fait un petit arrêt pour faire le point . C'est ce qu'on appelle les collines de Laounie. Laounie est le pire des passages sableux sur des kilomètres. Avec les propulsion arrière, on s'ensable à l'envi. J'ai fait ma cinquième et dernière traversée avec une vieille R 20, pneus avant à moitié dégonflés, je suis passé sans problème, pas d'ensablement.


Raymond et .... notre valeureux guide Touareg, Mohammed,  un copain de Raymond, rencontré au marché de Tam . Guide ? Tu parles, il voulait surtout faire la traversée Tam-Agadez sans payer le voyage ! Il espérait aussi profiter du shit !


Kaï kaï kaï, si papy ventrachoux voyait sa voiture dans cet environnement !!!!! Devant il y a une méchante partie sableuse. On était en train de se demander de quel côté on allait passer pour ne pas trop s'ensabler. Finalement on s'est ensablé à répétition.

"Kaï kaï", je viens de l'apprendre, c'est du dialecte Haoussa. Ca veut dire en gros "Hé la" ou "Ho là", ou même quelque fois quelque chose de plus corsé. Il ne fait l'employer qu'à bon escient, ça peut devenir insultant selon l'usage qu'on en fait.


Une des parties les plus traitres du Sahara: on l'appelle le "cimetière des voitures" !!!! Il y a des cadavres de ferraille partout. Seuls les débutant se risquent dans ce truc. Et ils y laissent leurs caisses. On est passés par la gauche, c'est pas terrible, très meuble, mais on est passés. Au second voyage avec ma fille, je suis passé par la droite et ça roulait très bien, deux ou trois kilomètres plus loin, on a trouvé un reg très portant qui nous a amené jusqu'à In Guezzam.


Juste avant le cimetière de voitures. Comme un avertissement de ce qui nous attend !



Un reg confortable, on roule à environ 60-70, chacun de nous laisse derrière lui une longue queue de poussière bien droite. On s'est  étalés  à 10 ou 20 mètres de distance. Une fumée est apparue à l'horizon dans l'axe de notre progression. Plus nous approchons, plus la fumée s'épaissit. Un cordon de dunes basses émerge peu à peu de l'horizon. La fumée noire provient de quelque part le long des dunes. Une piste s'éloignait sur la gauche,  une piste qui va parait-il en Lybie. On longe le cordon de dunes , la fumée approche mais elle a diminué d'intensité. En arrivant on s'aperçoit que c'est un tracteur de semi qui a brûlé. Un tracteur Autrichien. On l'avait rencontré dans le nord de l'Algérie à une station service, il étaient plusieurs et avaient deux autocars et ce tracteur. La cabine est basculée, il ont incendié le poste de conduite avant de partir. Le véhicule est certainement tombé en panne, ils ont du délirer, furieux de devoir abandonner leur engin aux nomades et de rage ont tenté de le faire disparaître. Il était encore très beau et peut-être récupérable.

Une décision commune fut prise de passer la nuit au pied des dunes. On a mangé chacun ses conserves.... ils ont commencé à se torcher avec leur whisky, et puis les pétards ont fait leur apparition. J'ai étendu ma bâche plastique sur le sable et par dessus mon sac de couchage. La Charlotte, Madeleine et notre valeureux guide Touareg ont pris leurs affaires pour aller dormir dans la dune. La nuit est arrivée, étoilée et calme. Des lampes de poches se sont allumées autour de la remorque de semi. Des arabes qui avaient garé leurs Pichot  au sommet d'une dune voisine commençaient à démonter des accessoires du tracteur.
Le lendemain matin, comme d'habitude, je me suis réveillé le premier. Je n'ai pas compris, tous mes "copains" étaient redescendus de la dune et dormaient à quelques mètres de moi. Pourtant la nuit avait été claire, sans vent de sable. Mystère, je ne comprendrai jamais ces individus. J'ai fait la grasse matinée en attendant leur réveil. Ce qui ne tarde pas étant donné qu'à huit heures du matin le soleil commence à tambouriner comme une brute. Quand ils ont émergé, curieusement, il y avait de l'orage dans l'air, c'était ambiance gueule de travers, électricité statique, orage et dispute. Tout le monde se faisait la gueule. Je cherche pas à comprendre et vais faire un tour vers le tracteur. Pendant la nuit les arabes avaient essayé de démonter des pièces mais n'avaient finalement pas réussi avec leur outils de mauvaise qualité. Olivier me rejoint, je lui demande ce qu'il se passe. Il est hilare comme d'habitude. Tant que j'étais à côté d'eux, ils se sont tus. Mais dés que j'ai été éloigné, ça a pété dur, l'orage a éclaté brusquement ! D'après ce qu'il a cru comprendre, la nuit dans la dune, Mohammed aurait essayé de carresser Madeleine et Armand serait arrivé. ... Madeleine consentente ou pas ? Il a seulement essayé ou il a été pris en flagrant délit de braconnage !!! ???  Olivier ne sait pas, mais en tout cas il se marre, il rit aux éclats. Je lui demande si Charlotte voulait sa part.... Il rit encore plus et me dit qu'il n'en sait rien, mais que c'est possible !!!!

On aura tout vu ! Heureusement que j'ai pris mes distances avec cette bande de cinglés. Je crois que si la vieille parano ne me supporte pas, c'est parce qu'elle avait dans sa tête des projets me concernant !!!! Et qu'elle a bien dû s'avouer que c'était un échec !!!! Quand on  rejoint le groupe pour repartir, Mohammed fait profil bas, la queue entre les jambes... si on peut dire !


Quelques vues de la piste et du désert.






Quand il fait chaud, on, ne voit pas très loin. Un brume de chaleur brouille la visibilité à plus de 200 mètres. On a l'impression d'être enfermé dans un univers clos alors qu'on se trouve dans un vaste espace presque infini.


La piste, avec beaucoup de sable meuble. Si on ralentit ou on s'arrête, on s'ensable.



Ici, on a fait une halte sur le reg portant pour juger de la situation, avant de se lancer l'un après l'autre pour franchir une zone traitresse de fech fech . On dispose d'a peu près quinze mètres pour prendre un maximum d'élan.
C'est Olivier qui part à fond de train . Ca sera mon tour ensuite. On aperçoit à peine la voiture de Raymond au loin.




J'ai rattrappé Olivier qui se marre parce que je le photographie !!!



Ravitaillement d'essence avec Armand comme aide !!!

Difficile à croire, mais dans le Sahara on rencontre des transports en commun !!!


J'ai emprunté cette photo. Ceux ci partent d'Agadez en direction de la Libye.La grande aventure. Les échanges sont très importants avec ce pays. La plupart vont chercher du travail, ou sont revenus dire un petit bonjour à la famille et repartent au travail.  Agadez-Tripoli par le Ténéré = 2500 Km. Ici, il s'agit d'un transport grand luxe avec un camion très solide, donc peu de risques de panne. J'ai vu la mâme chose sur la piste du  Hoggar avec des petits camions, deux plus surchargés, avec des paquets accrochés jusqu'à traîner par terre. J'en ai vu deux enlisés  jusqu'au chassis, dans un oued surprise. Tout le monde était assis et attendait que l'oued s'asséche !  Je ne sais pas si pour européen peut imaginer faire 2500 kilomètres par 50 à 60 degrés sur le crane, avec un chauffeur qui conduit de façon à ne pas s'ensabler sans tenir aucun compte du "chargement" !!!!

Béroutène:
On passe la nuit à Béroutène. C'est un endroit très connu au milieu du Sahara ou beaucoup font halte pour souffler un peu à l'ombre des rochers.





La pollution de boites de conserves à Béroutène, comme à peu près partout dans le désert.....Aucune peinture ne résiste à la chaleur et au vent de sable. Toute pièce métallique est rapidement sablée et prend  une couleur vert armée.


Reconstruction panoramique de Béroutène.

Il avait plu la veille, comme il pleut tous les dix ans environ !!!!! Lorsqu'on est arrivé en fin d'après midi, la mare s'étendait d'une masse de rochers à l'autre. J'ai pris ces deux photos le lendemain matin, il n'y a presque plus d'eau. Mes copains sont en train de se rafaichir les pieds et d'admirer des traces de gazelle venues s'abreuver pendant la nuit ! La mare grouille de larves de bestioles qui en ont profité pour se reproduire.

Ma voiture est la première de la file. A force de bouillir à cause du tartre, le radiateur a eu une fuite. Je l'ai démonté le soir, mis de la soudure liquide sur la fuite. Le lendemain matin, je me suis réveillé avant les autres et j'ai remonté. Raymond ne voulait pas croire que j'avais déjà  terminé. Lui, venait seulement de se réveiller.  C'est pas dans leur religion de tout faire rapidement.....



Détail de la mare de Bérouténe, la veille au soir à notre arrivée, après l'ondée.


Béroutène vu au raz du sable

Petit essai pour reconstruire un panoramique prècis de Béroutène à partir de mes deux photos. La piste arrivait de là ou je me trouve pour photographier et repartait en passant à gauche du grand rocher de gauche et continue entre les rochers de droite et ceux de l'horizon au fond. Ce bout de piste est parsemé de rochers effleurant du sable, plus ou moins hauts et plus ou moins agressifs. Il faut rouler souvent au pas et quelque fois descendre pour veiller qu'un rocher affleurant ne risque pas détruire le carter d'huile. Il est conseillé de faire poser une protection de tôle sous chassis, mais ce n'est pas une assurance tous risques.

On arrive enfin à In Guezzam, dernier bourg d'Algérie avant la frontière Nigérienne.

In Guezzam, dernier village Algérien :

On doit être à environ 3000 kilomètres de la douane marocaine d'Oujda. A peu près à la même distance d'Alger. In Guezzam village au milieu du désert , à 400 km de Tam. Il y a une station service qui est approvisionée, même s'il faut quelquefois attendre une ou deux journées. Café, mécanicien, on couche par terre sur la place du bourg ou dans les voitures. Il y a l'électricité, le groupe électrogène s'arrête à 10 heures du soir.  Il paraît même qu'il y a un aéroport et un hôtel à l'aéroport.


Ceci est la première chose que l'on voit en sortant du désert, lorsqu'on entre dans In Guezzam. Le boulevard principal  !!! Des personnes, des familles vivent ici. Cinq mètres derrière moi, c'est le désert dans toute sa nudité.

Nous, on a seulement pris un jus au café d'In Guezzam et on est partis dormir aux jardins cultivés par un copain Touareg de Raymond.



Le touareg-jardinier nous fait un thé sur le réchaud traditionnel fait de fils de fer. Celà ressemble à un ancien panier à salade avec un pied. Il y met du bois rouge (ce doit être du bois d'accacia) qui brûle très rapidement et fait une bonne braise très vive. Le bidon, ce n'est pas de l'essence, mais de l'eau pour le thé. C'est à cet endroit que nous avons passé la nuit dans le sable.

Les jardins sont entourés d'arbres verts, c'est étonnant en plein désert. Il y a un puits ou l'eau est à 4 ou 5 mètres de profondeur. L'eau est tirée avec une moto pompe. Mais il ne faut pas trop tirer, lorsqu'il arrive vide, il lui faut un peu de temps pour se recharger.

Les jardins sont entretenus tant bien que mal. Ici le travail, c'est tout doucement toute la journée. Les touaregs ne se sont convertis au jardinage que par nécessité. Dans les temps anciens, avant la colonisation, leur occupation étant de prélever leur dîme sur tout ce qui empruntait les pistes chamelières et très souvent de razzier . Ils étaient les rois. Ils y avait aussi les guerres meutrières entre tribus Touaregs pour  razzier les chameaux et les femmes. Les travaux considérés comme dégradants étaient confiés à des esclaves noirs. Les noirs n'ont pas oubliés et prennent maintenant leur revanche en massacrant les Touareg. Putain d'Afrique écrivait Albert Londres !!!

Notre ami qui tient le tuyau de la motopompe le fait couler dans une rigole en béton pour nous rafaîchir. On s'y est baignés tout habillés , tellement on crevait de chaud !!! Cinq minutes après on était secs ! Ainsi Charlotte la vieille cochonne a pris son second bain annuel !!! Elle a maintenant du crédit. Et Armand avec son chèche rouge qui a dégorgé ressemblait à une scène de crime ambulant !!!! Sera toujours inimitable ç'ui là !

Notre ami touareg , étant noir, doit  être un descendant d'esclave noir affranchi et non de racines Touareg, ou même peut-être esclave, car celà existe toujours. Il mâche toute la journée une racine d'accacia qui lui sert de cure dent et de dentifrice.





Dans la cabane du jardin, toute la famille Touareg vit là. Il y a même la fiancée de notre jardinier. Celui qu'elle tient par la main est son frère à elle. Le fiancé est celui qui est à côté du frère. (Les 3 du fond, c'est des touareg français !!!! Trois de mes cinglés de compagnons de voyage !!) . Mon ami jardinier voulait un cadeau: "une montre pour mademoiselle" !!!! Je n'ai jamais eu le temps de passer à nouveau une nuit aux jardins.

Pour ce premier voyage, j'étais trop occupé pour prendre des photos du reste du voyage.
Après In Guezzam et ses jardins, on passe la douane Algérienne ou tout est contrôlé. Un passage de douane en Afrique, c'est d'abord beaucoup de patience. Tout le monde attend, sa bouteille à la main en essayant de trouver, d'abord un coin d'ombre et, si possible, ou s'asseoir. On attend pour avoir un formulaire à remplir, on attend pour rendre le formulaire, on attend  d'être appelé à faire la queue devant le bureau de contrôle ou on  répond oralement à un questionnaire sur la destination, la religion, le matériel à déclarer, les devises que l'on a sur soi, etc.... Ensuite, on attend le contrôle du véhicule et éventuellement une fouille très serrée.

Lorsqu'on a obtenu le sésame, on peut alors sortir de la cour de la douane, donnant directement sur le désert, se planter immédiatement parce que la cour donne sur la plus belle et plus profonde sablière de la région, et après avoir galéré pour se désabler, partir en direction d'Assamaka, douane Nigérienne à 30 kilomètres de no man's land de là.

Assamaka, douane Nigérienne :

A Assamaka, c'est l'agression !!! Il y a une barrière derrière laquelle toutes les voitures s'agglutinent avant d'être admises dans l'aire de stationnement de la douane. En principe les douaniers vont venir. Ils viendront...... quand ils auront le temps ou terminé la sieste, ou qu'ils jugeront qu'il est arrivé suffisamment de voitures pour que ça vaille le coup de se déplacer . On est en plein cagnard, sans aucune protection. Des blacks débarquent de partout, ils se baladent de voiture en voiture et ouvrent sans aucun scrupule toutes les portes de voitures qu'on aurait eu l'imprudence de ne pas fermer à clef. Et ils fauchent tout ce qui est à disposition. On court refermer la porte arrière droite, ils rentrent comme des mouches par les deux portes gauches !!! Il faut tout fermer avant d'arriver. Ensuite, après le temps de surprise ou les aventuriers débutants ont perdu le principal de leur cargaison, ceux qui n'ont pas réussi à piller commencent à mendier avec insistance : "cadeau msiou...", ".. donne moi l'assiette là","... donne moi p'tit whisky..."!!!!

 Mon "p'tit whisky" c'était une lotion pour les dents, j'ai eu tort de ne pas lui donner, ça lui aurait foutu la chiasse !!. Les militaires en poste profitent de la première surprise pour tenter de s'imposer et se faire eux aussi donner des objets. La surprise passée on s'aperçoit que les seuls qui ont un droit quelconque sont les douaniers qui arrivent pour faire la récolte des passeports. Au bout d'un moment les douaniers laissent enfin les voitures pénétrer dans l'immense parking au milieu de la station balnéaire d'Assamaka !!!!

Et il faut recommencer les papiers. On passe par le pointage des visas, le carnet de passage en douane pour la voiture, et que sais-je encore. Ca traine en longueur, les fonctionnaires ne sont pas pressés, et il est préférable de ne pas les bousculer !!! Heureusemen il y a un bar ! Ici on peut boire de la bière. De la bière chambrée, comme en Angleterre. Comme en Angleterre ? Heu.... ici, la température de la chambre, c'est 40 à 50 degrés ! A cette température, les bières sont absolument dégueulasses ! Mais on peut aussi manger une omelette. Le serveur saute par dessus le bar pour  apporter l'omelette parce qu'ils n'ont pas prévu de portillon pour passer de derrière le bar jusque dans la salle. La salle, nom pompeux ! La salle, elle est en contrebas de 30 centimètres. C'est une alignée de tables et de bancs enfoncés dans une sablière pas cimentée !!! L'omelette est blanche ! Les poules africaines ne semblent pas avoir l'énergie de faire de jaunes !!!!

Assise sur son banc,  la Charlotte a du mal a reprendre son souffle, encore plus rouquine, rouge comme une écrevisse bien bouillie.  Tout à coup, sans avertissement, sans qu'on sache pourquoi, elle se paye une crise de délirium très épais !!! Elle s'en prend à moi sans aucune raison apparente. Je l'envoie chier sans précautions. Elle se met à hurler et à battre des bras comme une folle, se lève, bouscule le banc, balance une chaise contre le bar et sort dehors en gesticulant et en hurlant. Tout le monde la regarde ébahi. J'ai rien compris. Raymond, le nez entre les genoux ne sait pas quoi faire ni quoi dire. Armand et  Madeleine contemplent les poutres du plafond en tronc de palmier. Olivier goguenard, me regarde, se fend la gueule et me prend à témoin en l'insultant: "Quelle vieille conne, putain, quelle andouille, elle est complètement jetée  !!!"

On ressort pour aller finir les papiers avec les militaires. Raymond disparait sans m'attendre. Il a vu , dehors, sous la tonnelle tôlée, Charlotte, les yeux exhorbités, qui a la soupape de sécurité qui siffle, il fuit courageusement !!! Tout le monde s'égaille en vitesse, j'ai pas eu le temps de comprendre ni de me sauver moi aussi, trop tard, je reste seul face au vieux débris qui m'agresse illico. Les insultes pleuvent. Je les lui rend, y'a pas de raison. Je me sauve, elle me suit comme une remorque. Je fais trois fois le tour du camp, elle est toujours là éructant sa folie. Euréka, je vois Raymond dans une cabane face à un militaire qui lui fait son carnet. Je fonce et je déboule dans le gourbi avec la vieille qui me suit en m'insultant copieusement. Je lui répond du tac au tac. Le black est sidéré , il a plus envie de travailler. Raymond s'énerve lui aussi, finalement je me tais et devant les menaces du black d'arrêter de travailler. La vieille folle se tait.

La nuit est arrivée. Il font traîner les formalités pour qu'on soit obligé de passer la nuit ici. C'est étudié pour. Il faut qu'on passe une nuit sur le parking pour faire tourner les commerces: le bar, le vendeur de pain, les mécaniciens, les chasse touristes, les militaires qui tentent de faire du commerce, etc....

J'ai essayé de coucher dehors, mais j'ai encore dû réintégrer l'intérieur de ma caisse. Dans la nuit il y a encore eu un vent de sable infernal. Les autres étaient partis dans une cahute avec un black qui les avaient invités. Le lendemain matin de bonne heure avant le lever du soleil, je remarque que non seulement ils étaient revenus dans leur voiture, mais de surcroit lorsqu'ils se sont enfin réveillés, tout le monde était de mauvaise humeur. Tiens, tiens, comme l'autre fois !!!!! Peu à peu, les langues se déliant, j'apprends par Olivier que, pendant que tout le monde dormait, le black avait passé la main au cul de Madeleine et que Armand, malgré son air ahuri s'en était aperçu et s'était mis à gueuler !!!!! Il me dit que ça a failli se terminer en bagarre. Je n'ai pas pû savoir de façon certaine si Madeleine avait gueulé ou si elle espérait que Armand continuerait à dormir !!!! Je soupçonne d'ailleurs la Charlotte d'avoir piqué une crise de jalousie, espérant elle aussi avoir sa part ! Ca fait quand même la seconde fois une histoire comme ça !!!!

Un petit tour entre In Guezzam et Assamaka ? Il suffit de cliquer ici et d'aller lire le premier post de ce forum. La description est exacte au degré centigrade près !!!

Après Assamaka, il faut se taper le plateau d'Arlit. Plat, facile en apparence, la piste serpente entre des rochers bas d'aspect peu agressifs. En fait il recèle des bacs à sable traitres auquels on n'échappe pas avec une 504.

Le plateau d'Arlit a encore vu un exploit des mes copains !!! Lors d'un arrêt pipi-café-pétard,  Mohammed qui voyageait aux côtés de Olivier a voulu prendre le volant du break. Il affirme savoir  très bien conduire. Raymond n'est pas d'accord. "C'est ta caisse, tu fais comme tu veux, moi c'est pas mes affaires, mais je suis pas d'accord..."

On repart , le fier touareg au volant, chacun trainant sa longue poussière de sable derrière lui. Ils prennent tous de l'avance, je les laisse partir, j'aime bien être seul, tranquille, inépendant. Je les ai perdus de vue. Puis peu à peu, j'aperçois les voitures qui réapparaissent à l'horizon. Encore une fois, je sens qu'il s'est passé quelque chose. Le break de Olivier est arrêté en travers 30 mètres en avant. La voiture de Raymond a la porte chauffeur ouverte........ plissée comme un accordéon !!!! Celle de derrière est enfoncée. Raymond, fou de rage, tourne en claudiquant autour de sa caisse, balance les bras dans tous les sens,  insulte Olivier et Mohammed qui se tiennent prudemment à distance, l'air accablés, penauds et prêts à prendre la fuite. La voiture d'Olivier n'a presque rien, une légère éraflure. Je m'enquiert de ce qui se passe. Raymond hurle et donne des coups de pieds dans sa caisse: "Cette bande de cons, y'a tout le désert pour eux, rien en vue, le vide, putain, ces deux cons, ils m'ont rentré dedans, l'autre con qui sait si bien conduire..." . Tiens, le grand copain Mohammed,  de copain qu'il était, est devenu un con impardonnable !!!!  La Charlotte est assise sur le siège de sa voiture dans l'entrebaillement de la portière ouverte, les pieds reposant sur le sable. Elle pompe compulsivement sur sa cigarette. Dans son regard il y a des éclairs, une envie de meurtre.... ça ne la change guère de physionomie. Après s'être calmé Raymond a trouvé un bout de ficelle pour attacher sa portière. Je trouve qu'ainsi modifiée, elle lui ressemble beaucoup plus, ça fait nettement plus naturel !  On est reparti. Olivier a repris sa place au volant de son break ! Il vient d'avoir son permis, mais il se débrouille très bien.

Arlit, Niger:

Ensuite on arrive à Arlit, où s'extrait l'uranium de nos centrales nucléaires. On aperçoit les terrils de l'usine d'extraction d'uranium 50 kilomètres avant. A Arlit on retrouve la ..... "civilisation"  (!!!!) et le goudron en direction d'Agadez.

La civilisation... c'est légèrement exagéré. L'arrivée à Arlit est quelque chose d'unique à vivre ! On sort du désert, sur la droite les terrils des mines. On entre sur l'autoroute ! C'est ainsi qu'on l'appelle ici. Cette autoroute est en fait un très large boulevard  double sens avec terre plein central, sans une goutte de goudron, entièrement en terre et poussière battue ! On soulève un nuage de poussière fantastique.  Je suppose que cet autoroute a été raclé au buldozzer pour faciliter la circulation des camions d'uranium. Il semblerait qu'ici le plus grand danger soit la radioactivité ambiante et les ferrailles contaminées récupérées par les Touareg pour faire des tacoubas (épées) et des poignards qui sont ensuite revendus, la plupart aux touristes et routards comme souvenirs.

Quand on sort de l'autoroute et qu'on rentre dans la ville d'Arlit, on est submergé par les chasse touristes. Ils montent sur les toits et sur les capots des voitures. Si on n'a pas pris la précaution de fermer coffre et portières, ils ouvrent tout et pillent les voitures. Raymond m'avait averti, j'avais tout bouclé. Ils veulent acheter ma voiture, ils me mettent des liasses de billets dans la main, que je laisse tomber par terre pour ne pas qu'ils m'accusent d'avoir accepté leur prix. Ici toutes les ruses existent, toutes les arnaques ont cours, toutes les prises de têtes sont à craindre !!!! C'est le plus grand théatre humain à ciel ouvert de tout le Sahara ! On n'est pas physiquement en danger, il suffit de prendre des précautions et de tout refuser. Mais au premier voyage, c'est extrèmement surprenant, très impressionnant. Ils le savent et profitent de l'effet de surprise.

On est passé au commissariat pour déposer nos passeports et les faire viser. Ils auraient pû le faire de suite, mais c'est trop facile..."Rrreveuunez à 18 heureeees" nous a dit le gros flic bien gras. Pas question de discuter avec sa majesté détentrice de l'autorité. On est allés se garer devant un restau ou on a mangé. Un copain de Raymond, Mawli, forgeron Touareg est venu nous rejoindre pour nous vendre ses bijoux. Le restau était à peu près correct. J'ai acheté des bricoles à Mawli.

On a ensuite attendu dehors à l'ombre que le temps passe. On est revenu au poste de police à 18 heures, le flic a enfin sorti son tampon et nous a tamponné nos passeports. ....pouvait pas le faire plus tôt !!!! Faut bien emmerder les Nasrani !

Ensuite, je n'ai pas pris d'autres photos.

250 km de goudron dans une brousse triste et dèsespérante et une chaleur étouffante. Contrôle de gendarmerie en pleine brousse. On ne passe qu'après avoir payé un bakchich. Puis la route est libre pour Agadez.

Agadez :

On est entré dans Agadez la nuit. Impressionnant. Des lampes à pétrole tentent d'éclairer des boutiques faites de branches tordues, de morceaux de planches... un gars court à côté de ma voiture et me crie: "Eh, leeeu blanc, tu laaa vend cooommbien ta Pijot ?". Je me sens arrivé dans un endroit qui n'est pas fait pour moi. Un bond en arrière de cinq siècles. Epoustouflant, stressant. Pourquoi j'ai suivi cette bande de fous ? Qu'est ce que je fais dans cet endroit de merde ? C'est même pas le moyen age, c'est la déchéance. Je me sens diminué.

Je ne savais pas que cette ville , j'allais l'adorer.

A Agadez, ça a été une suite de prises de tête avec la vieille folle . On a logé chez un copain de Raymond, Lamine, dans le quartier Sabon Gari. C'est le quartier populaire d'Agadez. Lamine est une figure d'Agadez. Tout les chauffeurs de taxi connaissent "L'an 2000" !!!! Parce que Lamine, actuellement revendeur de pièces détachées était avant sa reconversion Maître tailleur. Dans un coin de sa cour, il y a toujours l'enseigne de son magasin: "L'an 2000, maître tailleur, jardin de mode" . Et, avantage considéraéble, l'an 2000 connaît tout le monde et peut se procurer beaucoup de choses introuvables ici.
On couche dans la cour, parmi les inévitables fourmis et  cafards. A cinq heures tous les matins, un de ses charmants voisins se met à hurler "Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaa........lllllllaaaaaaahhhhhh Ouakbarrr...". Ca commence très très long comme une grande souffrance, comme s'il s'était coincé les roubignolles dans la porte, et ça se termine en catastrophe comme une rafale de kalachnikov, comme s'il se cassait la gueule du haut de ses quatres marches en banco. J'aurais d'ailleurs bien aimé qu'il se casse la gueule, il nous aurait foutu la paix quelque jours cet ahuri. Le premier jour, j'ai fait un bond sur ma natte: "Merde, un accident ménager...". Et puis j'ai compris, il a recommencé à délirer quatre fois, une fois à chaque point cardinal. Il a réveillé tout le quartier cet andouille. Le mouton de Lamine qui était attaché court à un poteau, en réserve pour la Tabaski, lui a répondu : "Bêêêêêê". Un cafard est arrivé droit sur moi sans klaxonner, je me suis soulevé, il est passé sous moi, il est allé vers la Charlotte, il l'a escaladée. Je me suis rendormi.

Je n'ai pas le courage de raconter la visite du sorcier loqueteux qui s'est invité pour nous visiter dans la cour de Lamine. Il devait nous assurer une excellent voyage. Il a filé à cet effet une poudre dont Raymond et sa panthère devaient s'enduire le corps avant la douche. Ces deux corniauds l'ont fait !!!! Moi et Olivier on se fendait la pêche !

Ah, tout de même, la douche, allez, que je raconte !!! Une cabane en banco contre le mur d'enceinte, pas de toit, mais une porte en tole. On m'apporte un seau d'eau et une boite de conserve rouillée vide. A l'aide de la boite de conserve on se verse l'au sur la tête, on savonne et on rince . Ca consomme à peu près un demi seau d'eau.  Non seulement c'est très écologique et économique, mais c'est absolument délicieux. Au point que même la Charlotte en a pris une. Elle a du tout laver, ça sentait plus le cadavre.

Dans la cour de Lamine il y a eu d'autres prises de tête. La vieille m'a agressé. Elle est perverse au possible cette vieille folle. Je l'ai vigoureusement envoyée se faire foutre. Raymond baissait la tête. Un jour il y a eu un coup de tonnerre en dialecte Haoussa entre Lamine et Mohammed. Il semblerait qu'il y ait un contentieux entre eux. Lamine l'a énergiquement jeté hors de son enclos. On ne l'a pas revu.

Photo empruntée. La mosquée d'Agadez.


Photo empruntée. Agadez. Devantures de commerçants. Scène de la rue et de la vie courante. Souvent les habitants dorment sur un bout de mousse ou une natte sur le trottoir.

Raymond a confié sa 505 à un carrossier qui a plus ou moins rattrapé les dégats de la collision dans le désert. Il a redressé, mais les portières avaient certainement encore autant de plis que les deux fesses de la Charlotte. Quand il a eu fini, ils ont arrêté un camion, puis avec l'accord du chauffeur et moyennant bakchish, ils ont branché un pistolet à peinture sur les bonbonnes d'air comprimé et repeint les portières à l'africaine ! C'est à dire approximativement de la même couleur mais ni fait ni à faire !!!!

Raymond et Charlotte nous ont fait connaître La Belle Etoile, la boîte de nuit-restaurant la plus fréquentable d'Agadez. C'est pas la musique qui les attire bien sûr, mais la bière ! Quand on part à la Belle Etoile, la vieille devient joyeuse, son caractère s'améliore soudain. La Belle Etoile est tenue par une Nigérienne dont la mari est français. Il y a une cour et une tonnelle avec des tables, car ils font aussi restaurant à midi. C'est assez sympa effectivement, la petite restauration tient la route et comme partout en Afrique, la viande est dure comme de la semelle. Et puis ici, l'herbe coule à flots, elle vient du Nigéria voisin, et les deux amants en profitent sans réserve !!!!

Madeleine et son mari ont pris l'autocar à la gare routière pour partir. Ils ont des impératifs familiaux. Ils vont prendre l'avion à Niamey. J'en ai raz le bol de glander à Agadez dans la cour de Lamine pendant que les deux autres nullards pompent des joints. Olivier aussi en a marre.

De plus, on a garé nos voitures dans l'enclos du garage d'un copain de Lamine et le lendemain matin je me suis aperçu qu'on a siphonné mon réservoir pendant la nuit. Je le dis à Raymond qui me répond "Oui, moi aussi...". Salopard, je sais bien que l'essence est passée dans son réservoir.....Ils sont encore plus plus minables, plus pourris que je ne le pensais.

Un matin, je prends Lamine à part et je lui dis que je n'en peux plus de rien fiche ici. Il me dit avec quel étonnement il a vu la Charlotte m'agresser et qu'il me comprend. "Ah, Dogo, j'ai vu comment elle t'a caaaassé laaaa tête Charrrlotte".  Dogo, c'est le surnom qu'on m'a donné ici. Ca veut dire "Le long" !
Je lui dis: " Demain je pars, seul s'il le faut, mais je ne supporterai pas plus la cohabitation avec ces bons à rien de clochards d'ivrognes". Olivier dit qu'il me suivra. Ca remue un peu Lamine qui voit s'éloigner ses espoirs de commissions.

Alors, il se décide. Moi, Lamine et Olivier on laisse à Agadez les deux corniaud , on  part dans la brousse, en pays Haoussa , sur une piste détrempée en direction d'Aderbissinat, Tanout,  Zinder, Maradi. Il faut savoir qu'ici, chaque entrée et chaque sortie de ville est une aventure. On est arrêté par un barrage de gendarmerie matérialisé par une corde généralement en charpie. Les gendarmes contrôlent les papiers. Et  bloquent une demie journée si on ne glisse pas un bakchich. Il y a même avant le barrage de gendarmerie un type qui se pointe. Il récolte "la taxe pour le tourisme" !!!! La première fois, surpris, j'ai marché: 1000 F/CFA soit 20 francs français. Très peu pour nous, une petite fortune pour le petit malin. Lamine m'a mis au jus. J'étais mort de rire !!!! Les européens sont naïfs ! J'ai envoyé chier le second au poste de contrôle suivant, il est reparti la queue entre les pattes !!! L'Afrique est le continent de la démerde et avec les touristes , il y en a un paquet qui sont performants !!!!

Maradi:

A Maradi on a logé dans la cour d'Abbou, un copain de Lamine. On a eu des montagnes d'aventures. Abbou nous a présenté ses deux femmes. "Je me suis marrrrrié une fois, çaaa marrrrchait bien, tout allait bien. Je sais pas pourrrrquoi, j'en ai prrrris un'deeeeuxième , et maintenant c'est la merrrrde !!!!".
Pourtant, les deux femmes d'Abbou sont institutrices. Abbou raconte aussi qu'il était comptable, mais il avait un problème: "Les chiffrrrres dansaient deeeuvant mes z'yeux, il'voooulaient jamais seeeuu rrranger comme il faut. Alorrrs jeeeuuu buvais deux bièrrrres et çaa y était, les chiffrrres, ils seeeu rrrangeaient tous seuls, ils tommmbaient pile !!!" . Maintenant j'ai l'impression qu'il vit sur le travail des deux institutrices. Il a du personnel: un esclave de case, un jeune d'environ vingt cinq ans, qui le suit partout avec le nécessaire pour faire le thé à tout moment et obéir à tous ses ordres. Il y a aussi une gamine qui doit avoir une douzaine d'années qu'il nous présente comme sa fille. Elle est très jolie cette gamine, mais je trouve quelque chose de bizzare dans son comportement. Elle a de grands et beaux yeux craintifs. Ce salopard se taperait cette gamine que je ne serais pas surpris.

Maradi est une ville frontalière avec le Nigéria. Au Nigéria il y a de l'argent et de la demande en voitures. Mais les blancs ne peuvent pas pénétrer au Nigéria, c'est un pays de bandits, ils n'en ressortiraient pas vivants. Alors Maradi est la ville intermédiaire. Il y a des garages spécialisés. Mais leurs prix ne sont pas intéressants. Le mieux est d'aller garer la voiture sur le parking de l'Hotel Jangorzo, que connaissent tous les aventuriers Pijot, et d'attendre en buvant des bières. Ici, tout se sait très rapidement.

J'ai vendu ma 504 au troisième jour d'exposition. Pendant deux jours et demi, ce furent des allées et venues, des offres qui ne tenaient pas la route. Puis le troisième jour, le poisson à mordu ! La vente a donné lieu, dans une case proche, à des marchandages sans fins, deux ou trois types tentant de se faire passer comme intermédiaires. Mon seul intermédiaire était Lamine qui me traduisait en français les conversations et marchandages tonitruants en Haoussa. J'avais fixé un prix indélébile: 900 000 CFA, soit 18000 francs. Sur les conseils de Lamine, je n'ai pas flanché. Ils se sont démmerdés entre eux pour se répartir les commissions. L'acheteur était une femme policier qui venait spécialement du Nigéria.

J'ai pris l'argent, j'ai payé à Lamine sa  commission (5 %). Dès que l'affaire a été réglée, les "gazelles" Ghanéennes ont rappliqué, et se sont attablées au bar de l'hôtel en me regardant langoureusement. Les nouvelles se propagent vite ici. J'ai échappé aux  gazelles qui auraient bien voulu leur part du butin en me louant leur cul pour un jour ou deux et tenter de me subtiliser mon argent. Ce qu'elles auraient à coup sûr réussi !!!

Niamey:

Lamine a pris un taxi direction Agadez pour aller chercher les deux autres, et négocier leurs caisses. Olivier est resté sur place , dans la cour en banco de Abbou , n'ayant pas encore vendu sa caisse. Abbou a joué le taxi avec sa vieille 404 plateau percée de partout. De Maradi il m'a conduit à Madaoua ou j'ai pris l'autobus pour Niamey. A Niamey, petit tour en ville pour manger quelques mangues très odorantes, une nuit à l'hôtel  Ténéré. Un petit tour au bar avant de me coucher; la barmaid est une splendide jeune black. Malheureusement si elle est appétissante, côté classe, ça laisse à désirer ! Elle me tutoie aussitôt et me propose de me faire visiter la ville. La ville ou son cul ? !!!! Elle aurait plutôt envie de me piquer mon fric ou de se faire offrir le passeport fançais !!! Je refuse la proposition. Le lendemain après midi, j'ai pris un taxi direction l'aéroport et j'ai embarqué dans le premier avion pour Paris. Dans l'avion, surprise, j'étais seul en classe économique; le pilote est venu me voir. "Vous êtes seul ? Il n'y a personne en classe affaire non plus, venez  donc, vous serez plus à l'aise, abaissez les accoudoirs et prenez toute la travée pour dormir !!!".Ca m'a un peu rattappé des backchichs et des taxes pour le tourisme !!!! Huit heures après j'étais à Charles de Gaulle, frais comme un gardon !

Ce que sont devenus les deux autres ? Arf !!!! toute une aventure dont je conterai des bribes une prochaine fois. Mais c'est vraiment pas triste.

Je ne dirai qu'une chose que j'ai appris par la suite: la Charlotte avant de rentrer s'est commandée une gourmandise. Elle a demandé à un Nigérian de lui envoyer un colis d'herbe du Nigeria !!! Faut vraiment être con ! C'est ainsi qu'un jour, à leur retour, une demie heure après le passage du facteur qui a apporté le précieux colis, des policiers armés jusqu'aux dents ont surgis des fourrés et des orties et ont plaqué tout le monde aux murs de la cahute avec un pétard sur la tempe !!! Raymond et sa Charlotte se sont retrouvés derrière les barreaux ..... j'aurais bien voulu assister au spectacle, ça m'aurait remboursé de l'argent qu'ils m'ont emprunté et jamais rendu.

Je n'ai jamais revu la bande de cinglés. Sauf Olivier lors de mon quatrième voyage. Il était planté chez Lamine à Agadez . Il était redescendu avec un copain et n'arrivait pas à vendre son break pourri. Je suis reparti et l'ai laissé sur place. A voir dans le récit de mon quatrième voyage. A venir.

J'ai appris qu'une partie de la piste du Sahara entre Tam et In Guezzam a été récemment goudronnée, essentiellement la partie Laounie. Quel dommage, l'aventure se meurt !

J'ai fait cinq voyages comme ça, avec pas mal d'aventures, mais pas avec les mêmes compagnons, heureusement !!!!

La seconde descente, je l'ai faite peu de temps après la première, fin juillet et aout 1991  en compagnie de ma fille. A cette période là, on ne risquait pas de geler le radiateur !!!  On a vécu pas mal d'aventures et de galères. Je raconterai ça, dés que j'aurai un peu de temps libre. Patience.

Le super site de Samuel, pour aller faire un petit tour au Niger : cliquez  ici


Le paysage que l'on côtoie en approchant de Tamanrasset. Les monts du Hoggar qui sont d'anciens cônes volcaniques dentelés par l'érosion.

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