Janvier 1991. Mon patron vient de me virer. Fin de contrat.
Pendant un an je me suis échiné faire le
paramétrage informatique sur son trieur pour les gros labos
photos. Un engin roues de brouette-pompe à vélo qui tombe
en panne tous les quatre matins. Son ingénieur
d'occase avait
fichu un bronx monstrueux dans le logiciel. Un énorme logiciel
entièrement en langage assembleur, du pur masochisme ! J'ai tout
restructuré en langage C. Maintenant que tout
marche bien, il n'a plus besoin de moi, je ne lui sers plus à
rien. Merci patron ! Je suis au
chom'du....Au moins je n'ai plus ce gros lard hâbleur, flambeur,
jamais content,
derrière moi.
Belle occasion pour aller faire un tour en
Afrique, depuis
le temps que j'en rêve ! Le départ est
programmé
pour la
mi-janvier. Hélas, Bush est parti botter le
train de
Saddam Hussein. Le monde musulman est
secoué . Mes copains de voyages, aventuriers d'occasion
surtout
intéréssés par le shit et l'alcool ne
sont pas
très courageux. Ils ont peur qu'on se fasse agresser en
Algérie par des islamistes allumés, ce
qui,
d'après les commentaires récoltés par
la suite se
révèlera une ânerie de froussards. De mois
en mois
le voyage est remis. Il faut dire que, selon eux ils "se reposent du
voyage précédent"..... de l'an dernier !!!!
J'avais mis de côté une belle 504 affichant 100
000
kilomètres au compteur. Autant dire toute neuve. Je l'avais
achetée suite
à
une petite annonce sur "Le 85", à un pésant
ventrachoux
près de la Roche sur Yon. Le carrosse était
soigneusement
garé sous le hangar de la ferme, à côté des
bottes de paille, pour pas qu'elle pourrisse. Là ou je compte
l'amener, elle va pas risquer la rouille !!! Les seules
misères qu'elle a dû connaître, c'est le transport
de mogettes et de patates. Les sièges sont comme neufs, sauf pour la
poussière ! J'ai commis l'imprudence de taper sur un dossier de
siège du revers
de la main... keuf , keuf, keuf !!!!! Presqu'autant de poussière
de patate qu'en produirait le dynamitage d'un immeuble de 40 étages !!!!
"Ah,
ben dame, c'est sûr, l'est pas neuve..." dit pappy, à qui
le résultat de ma claque sur les coussins de sa Rolls
venait de filer des complexes !!! L'avait eu
raison papy de passer l'annonce.
"Mon p'tit fiii' , l'en veut pas, 'la trouve pas
à
son goût...y dit qu'ses copains y rigol'raient !!!".
Ben
dame...,
l'a ben raison le p'tit fii, à f'ra ben moun affaire, t'elle
bagnole , nom de bleu !!! .
L'ventrachoux l'en veut 1000 Francs. Mille
francs, dame...., a's'trouv' pas sous les sabots d'un ch'val....
Je fais un peu le difficile, je tourne, je vire, j'essaye la tire dans
les flaques de purin de la cour de ferme en veillant à pas
écraser les dindons et les cochons en vadrouille. Faudrait pas que je me fasse mal voir ! Elle est
superbe elle tourne comme une montre Suisse qu'aurait juste
été révisée. L'a juste besoin d'un bon coup
d'aspirateur et elle repart pour une seconde existence. Tu vas voir
cocotte, on va en avoir des aventures ensemble !
Pourvu qu'il
n'y ait pas une
crapule qui se ramène avant que j'ai fini de bouffer la
tête au vieux !!! Je me décide en prenant bien
soin de faire sentir que c'est un peu cher.... m'enfin...je fais un
effort !!! En fait,
c'est une occasion en or ! Je viendrai la chercher demain.... Je lui
file deux billets de 500 balles à regret en les retenant un peu du bout des doigts,
histoire de lui donner mauvaise conscience. Et je
récupère prudemment la
carte
grise, sous une raison bidon. Il voulait la garder jusqu'au lendemain.
Vieux sentimental va ! Je me méfie. Le ventrachoux,
c'est rusé comme un singe ! Et têtu comme un baudet du Poitou. Dès que
les effets du calva matinal seront dissipés ,
il
pourrait bien changer d'avis. Ces vieux animaux là, si on
leur
donne le temps de réfléchir...... !!!!
J'ai eu raison d'être prudent. Le lendemain, quand je suis
revenu
chercher mon bijou, papy avait sorti son mouchoir règlementaire blanc à carreaux bleus de
50x50 ! Il pleurait sa 504 bien aimée à chaudes larmes.
Il
avait eu une multitude de coups de téléphones
d'une bande
de salopards, aventuriers de 4 sous qui la voulaient sa 504. Seulement
j'étais passé avant eux, c'était plus la sienne, mais la mienne, et ça les avait mis de
mauvaise humeur !!! Cette bande de sans coeur lui avaient
filé des
remords en disant qu'elle valait au moins trois ou quatre mille francs
!!!! La valeur d'au moins dix sacs de mogettes ...... Mais
moi j'avais la carte grise dans la fouille!
Pépé avait des hoquets dans la gorge en voyant
partir son
carosse. Et encore, j'ai été gentil, je ne lui
ai
pas dit
que je faisais la traite des Pijot et que je l'emmenais marier
à
un black, sinon il aurait sorti son carouille !
Finalement on part en juin. J'avais longuement
préparé ma
voiture en fixant sous le carter moteur une tôle de
protection
contre les projections de pierres. Accessoire que j'aurais pû
faire poser en Algérie pour 4 sous, et j'aurais pas eu besoin de
me mettre ventre en l'air dans le guano de crottes de pigeons du hangar de Raymond, mais je ne savais pas.
J'avais aussi enlevé, sur les conseils de mes copains, le
calorstat afin de faciliter le refroidissement une fois
débarqué sur le sol d'Afrique. Ce qui fut une
opération stupide qui me permit de me geler les bijoux de
famille pendant les nuits glaciales dans le milieu de l'Espagne.
Mes copains de voyage ? Je n'ose pas les présenter. Ca pourrait choquer mes lecteurs ! Et moi je vais avoir honte.
Raymond,
un voisin. Marginal, sympa au fond de lui même. Mais
démoli à vie par l'Assistance Publique qui l'avait
récupéré chez ses parents
défaillants et
placé chez un pésant en Dordogne. Le pésant le faisait coucher
à
l'écurie, le tabassait à chaque cuite qu'il
prenait, c'est à dire tous les jours....Maisons de correction,
rebellions, fugues, une vie de
misère. Raymond est resté un
révolté
contre la société. Il est devenu marginal,
fainéant, voleur, contestataire. Dommage, un brave gars,
mais
démoli. Il a un peu travaillé comme menuisier, il
parait
qu'il était un excellent ouvrier. Un jour, en sortant du
travail sur sa mob, il a eu un grave
accident de circulation ou il a perdu en même temps qu'un os, le
peu de courage que l'assistance publique n'avait pas réussi
à lui démolir !!! Il a perdu le
péronné. Il peut marcher mais doit mettre un
leggin. De cet accident finalement bienvenu, il
touche une petite pension qui lui permet de se laisser
vivre. "Moi j'entame ma douzième année de
congés"
a-t-il l'habitude de dire.
S'il a laissé son courage dans cet
accident, Raymond a compensé en devenant un voyou demmerdard.
Il ne paie pas
l'électricité. Il me met au courant (si on peut
dire !!!)
de plusieurs trucs pour pas payer l'électricité. Si certains
sont très fins, pour d'autres , c'est plutôt de l'ordre de l'entreprise de travaux publics !!!!!.
Je n'ai pas le droit de raconter, ce sont des informations qui ne
se transmettent que de bouche de voyou à oreille de voyou.
Lui,
il a délicatement enlevé le plombage de
sécurité du compteur et stoppe le
défilement
!!!!!!!!! Ensuite il remet les plombs en place sans que ça
se
voie. Je lui dis "Mais si tu pètes le fil, comment tu feras
?". Raymond à réponse à tout : "Ben
j'irai en voler
un autre dans une maison...ça me gêne pas....!!!!".
Ensuite il y a la Charlotte. C'est la copine de Raymond, avec qui il
cohabite tant bien
que
mal dans une vieille baraque vendéenne en bordure du lac de ...
ah non , si je vous le dis, je vais avoir des problèmes. Charlotte, c'est un cas !!! Jamais travaillé de sa
vie,
se contente du RMI qui lui évite de gros efforts. Parano,
mytho,
perverse narcissique, jalousie galopante et débridée et qui plus est commence à
être
rongée par le Dr Alzheimer !!! Elle et Raymond, consommateurs
invétérés de shit et
d'herbe. Ils en
consomment en tisane en plus de la fumer ! L'herbe , s'ils pouvaient,
ils en prendraient même en suppositoires , en piquouses ou
s'en fourreraient
dans les oreilles ! Charlotte est provocante, emmerdeuse, jalouse
de
tout
ce qu'ont les autres et qu'elle n'a pas.... et dont elle clame ne pas
vouloir, parce que c'est "pour les bourgeois". Un sale
caractère, des réflexions méchantes
toute la
journée, la cinquantaine qui la guette au virage. Je
soupçonne que la consommation de shit ne doit pas
l'arranger. Je
dois tout de même dire à son avantage qu'elle est
rouquine, rougeaude, maigre comme un gant
de toilette et sale comme un peigne. Risque pas de se faire
violer la Charlotte !!!! Sauf
peut-être dans la brousse par un singe, un vieux singe aveugle et arthritique ! Peut-être le gorille de Brassens.
Olivier, le fils de Raymond. Une vingtaine d'années.
Supporte
pas Charlotte qui le critique et l'insulte en permanence. Et Olivier le
lui rend bien, il a une haine tenace de Charlotte et passe son temps
à marmonner des
injures que ma mère m'a interdit de répéter.
Olivier est un brave gars, mais
hélas, il a hérité
avant l'age des chromosomes paternels. Il a pas hérité
d'argent, ça risque rien. Il a
hérité de la fainéantise. En plus de la formation de fainéant, il a une
déformation de
comptabilité !!! Et comme il a réussi à travailler
suffisamment
pour toucher le chômage, il ne s'en prive pas.
C'est
pas son père qui va l'encourager à faire
autrement.
J'entends souvent son père lui dire à propos de tout et de
n'importe quoi : "J'en ai rien à foutre, tu fais comme tu
veux
!"...."J'en ai rien à branler, démmerdes toi !!!". Et la
Charlotte, bien placée pour ça, d'habiller Olivier:
"
Petit con, morveux, fainéant...". Et Olivier de renvoyer
"Vieille pute, cinglée, saloperie, j'en ai
mare de cette vieille conne, vais m'barrer...". Les journées
s'écoulent joyeusement dans le gourbi et on ne risque pas la
morosité une fois que tout
le monde est réveillé et a pris le petit déjeuner,
c'est à dire à partir de quinze heures les jours de grand
soleil....
Il y a aussi les copains qui vienent faire des visites: Madeleine, instit, assez intelligente. Je ne comprend pas
ce qu'elle fiche avec des copains comme Raymond et Charlotte. Sinon
pour le shit. Parce qu'elle fume
elle
aussi des pétards. Mais elle travaille, donc gagne de
l'argent.
Or Charlotte déteste tous ces gens qui gagnent de l'argent,
qui
"amassent" comme elle dit. Je ne comprend pas comment elle fait pour
supporter Madeleine sans être jalouse.
Armand, le mari de Madeleine. Kiné . Héritier d'une
famille vendéenne qui fait dans le cadavre de poulet. Usine, abattoirs, ils fournissent
tous les supermarchés de la région en berlingots
blancs mal déplumés, nourris en batterie à la
farine, pas hallal pour un sou . J'en ai
même vu dans d'autre régions de ces cadavres estampillés à leur nom. Empoté au
possible l'Armand. Sa mère a certainement du faire une
grossesse de
18 mois. Lui aussi fume des pétards. Gentil, mais vit dans
un
autre monde. Arbore en général un sourire béat.
Et moi, et moi , qu'est-ce que je fais là ? Je ne fume
ni
shit ni tabac, je suis au chomage, mais j'espère que
ça
ne va pas durer, signe de mauvaise mentalité. Ce que je
fais là ? Ben c'est
simple:
depuis le temps que je veux aller en Afrique, c'est l'occasion ou
jamais. Raymond est mon voisin. Un jour de dèche il est venu
se faire payer un café et me boire une de mes bouteilles de Bordeaux de
vingt ans d'âge. Dans la discussion animée, satisfait de
mon Bordeaux, alors qu'il me racontait ses aventures en Afrique et que
je lui avais fait part de mon désir de connaîtrel'Afrique,
il m'a dit "T'achètes une caisse et tu
nous
suis". Ca me va comme ça. Bien sûr, c'est une
bande de
fous, mais je serais même parti avec le diable si c'avait été
nécessaire.
Donc, j'ai acheté la Pijot de papy et j'attend patiemment que
Raymond et sa belle soient suffisamment reposés pour donner le
signal du
départ. Raymond avait tout préparé. Il avait
ressorti du placard une guerba que je pense avoir vue sur une gravure
ancienne. Je
crois que c'est une des guerbas seules réchappées du
massacre de la colonne Flatters en 18..... et quelques. Elle
était raide comme une planche. Raymond l'avait
mise à tremper dans la bassine qui sert d'abreuvoir à son
chien.....
Ah zut, .....j'ai oublié de parler du chien...... Quel
dommage... une vedette, ce chien !!! Me rappelle plus son nom. Ca a
été un très beau chien, un Bas je crois. Moi j'y
connais rien dans les races, sauf que je suis français et que ma
voiture c'est une Renault. Le pauvre clebs, il est bouffé par la
pelade sur le croupion. Il se gratte tellement , se mord la couenne
avec une telle rage qu'il n'a plus de peau, il saigne. Il faudrait le
faire soigner,
mais bien sûr, pour ça, il faudrait payer le
vétérinaire. Ici, on ne paye
pas, on vole !!!! On vole pour pouvoir payer le shit. Parce que le
shit, pour
le voler, c'est scabreux !!!! Pour tout arranger, le pauvre chien a le
train arrière qui a les boggies qui commencent à faiblir.
Il
se casse la gueule tous les trois pas. Quand j'arrive, il se met
à rouspéter comme un perdu, me fonce dessus, hargneux, et
se casse
inmanquablement la gueule sur les deux marches d'accés au gourbi
de Raymond et Charlotte. Le chien est tout à fait dans
l'ambiance, il ne dépare absolument pas du reste. Quoique je
n'aie
pas tout dépeint !!!! Il y a un copain de Raymond, qui sent horriblement la crasse à cinq mètres.
Il y a aussi le frère de Raymond. Mais si je raconte
ça, je vais perdre des amis.
Je disais donc que Raymond avait mis à
tremper sa guerba dans la gamelle du chien. Une fois qu'elle fut
ramollie, il l'a remplie d'eau pour qu'elle se fasse
bien et l'a suspendue au dessus de l'évier
médiéval de la cuisine, en pierre de carrière du
XVII siècle, dont
la rigole traverse le mur en torchis pour aller dégueuler dans
les orties qui léchent la façade au pied du mur avant
d'aller dégouliner dans le lac. La guerba, on dirait le
résultat d'une
fausse couche de Charlotte !!!! La guerba, elle aussi,
s'accomode très bien dans l'ambiance avec le reste du
mobilier que je n'ai pas le temps de décrire. Mais s'il croit
que je vais boire dans le placenta de Charlotte, il se trompe. Je
préfère crever de soif en plein désert.
Tous ces préparatifs ne furent pas vains. Mes copains
ayant finalement terminé de se reposer - à moins qu'ils aient
été en manque de shit ? - on
décolle finalement de notre campagne vendéenne au début du mois de juin. On descend la France
par
Bordeaux, l' A10, Biarritz, St Jean de Luz, passage
de la frontière (eh oui, il y en avait une à
cette
époque !) et fouille minutieuse des voitures , St
Sébastien, Vitoria, Burgos,
Madrid, Valdepenas, Bailen, Guadix et enfin
Alméria pour prendre le bateau. Une migration de clochards
!!!
Pannes sur pannes des ferrailles de Raymond et Charlotte. On
s'arrêtait toutes les 100 bornes parce qu'ils carburent au
café et au shit et qu'il faut bien faire le café et se
rouler les pétards !!! C'est ma pomme qui fournissait le camping gaz. Bien sûr, dans ce genre de
voyage on
ne dort pas à l'hôtel, mais dans la voiture ou
à la
belle étoile . Finalement, c'est pas
désagréable.
Trois jours pour traverser l'Espagne !!! Il est vrai que la voie
express est en cours de construction et qu'on n'emprunte que des
routes. On a eu une nuit de grande fraicheur, j'ai attrappé la
crève, mais en voyage, on supporte . L'aventure ne
s'arrête pas pour un mal de gorge et une toux.
Longue vadrouille parsemée de prises de têtes,
d'engueulades, de délires agressifs de la vieille, de pannes des
voitures de mes
copains, qui pour faire des économies n'ont fait ni vidange
ni
contrôles et en récoltent les fruits. Il y a
même eu des pannes d'allumages suite à usure des
vis
platinées vieilles comme les chaussures de ma grand
mère ! Et un alternateur qui a rendu l'âme et
que Raymond a fait rembobiner.
Et enfin le bateau à Alméria. Six heures de
traversée et
on met les roues sur l'enclave espagnole de Melilla. Nuit à
Melilla au camping. Le lendemain on passe la frontière
Espagne-Maroc. Direction Oujda
à 120 km, la frontière Maroc-Algérie.
Le passage des frontières africaines est une épreuve
nerveuse !!! Des heures d'attente pour avoir un bout de papier, des
refus catégoriques de laisser passer pour des prétextes
futiles ou inexistants et qui ne durent que le temps de changer d'avis,
des backchichs glissés dans le passeport ou donnés tout
simplement de la main à la main, le douanier Marocain
rouspétant
carrément toute honte bue : "C'est pas assez !!!".....
ALGERIE:
Douane Algérienne, j'ai facilité le passage avec une
bouteille de Jhonnie Walker achetée sous douane à
Melilla. Ravi, le douanier l'a faite prestement disparaître sous
le comptoir et m'a facilité le passage. Le seul qu'on ne peut
pas acheter, c'est l'artiste qui, au dernier contrôle, met
la voiture sur la fosse pour chercher la drogue. Il mérite
bien le qualificatif d'artiste, rien ne lui échappe.
En Algérie, Mahgnia, Tlemecen, Mascara, Tiaret, Aflou,
Laghouat,
Ghardaïa.
Ghardaïa :
Ghardaïa vue de l'hotel Rostémides sous deux
éclairages différents
A Ghardaïa mes copains ont voulu passer une nuit à l'Hotel
Rostémides. Classe internationale, restau .... un peu
international !!!! Les serveurs font de la retape de whisky pendant le
service !!!! Il y a une piscine. La Charlotte dit que d'habitude ils se
baignent. Ca lui fait sa douche annuelle. Pas de chance, la piscine est
vide. Quand ils ont vu arriver la clodotte, ils ont dû prendre peur et vidanger
d'urgence !!! On a pris le thé sur des sofas plus
prétentieux que grand luxe. Raymond et la Charlotte ont pris de grands airs suffisants et jouent
les grands seigneurs habitués au luxe international. Ils ont du
avoir une lobotomie, ils ont oublié leur mechta
vendéenne. Olivier et moi avons pris une chambre à deux
lits. C'est pas mal... en apparence. Sauf que.... des cafards cavalent
dans la douche. Il fait chaud, Olivier se déshabille et se
précipite sous la douche. Il en ressort illico, aussi sec
qu'à l'entrée, hilare : "Ah ah !!! Putain, les cons !!!
y'a pas d'eau !!" Il décroche le téléphone noir
modèle sécurité sociale année 1950 pour
appeler l'accueil , il n'y a même pas de tonalité !!!
C'est le confort "hôtel déclassé
international" 5 cafards !!! Evidemment, comme on est obligé de
payer, les deux amoureux ont décidé, pour le lendemain
d'émigrer au camping. Faut quand même pas abuser du luxe.... On va passer trois jours au camping.On a
mis une semaine pour venir jusqu'ici. Lors d'un prochain voyage
solitaire, il me faudra trois jours. Ils
sont fatigués, il faut qu'ils se reposent.
Ghardaïa fait partie de la
pentapole dans la vallée du M'zab. Ca fait instruit de dire ça !!!! La
pentapole, c'est
Ghardaïa, Bou Nourha, Beni Isguen, Melika, El Atteuf (prononcer
Elat'f). Les habitants sont des Mozabites. Ils sont issus de berbères
puritains, rigoristes et commerçants. Ils se sont réfugiés dans le
désert vers l'an 1000 pour se protéger, suite à un schisme religieux.
Leurs femmes sont voilées de la tête aux pieds. Il ne leur reste qu'une
échancrure pour l'oeil gauche. Quand elles rencontrent un homme, elles
doivent se tourner contre un mur et le laisser passer. Elles ne sortent
généralement pas, en tout cas rarement seules. Seuls le mari et les
enfants peuvent les voir non voilées. Malgré leur rigorisme religieux
les Mozabites sont un peuple calme qui ne se mêlent pas des affaires
politiques. Pendant la guerre d'Algérie, ils ne se sont mêlès de rien.
Ce sont des hommes sympathiques pour qui le travail est une joie. Ils se marient entre eux.
Ensuite El Golea (El Menea) ou on est passés sans s'arrêter , puis sur des centaines de
kilomètres, le fabuleux plateau du Tadémaït,
Arrêt-café-pétard
entre El Goléa et In Salah. Le type au chapeau est un
handicapé algérois en vacanes et qui faisait du
stop sur ses deux béquilles. Raymond l'a ramassé et l'a amené
jusqu'à
Tamanrasset. Sur la photo, mes clodos de copains vont réussir à
allumer
leur réchaud à charbon et à faire du
café.
pourtant il souffle un vent bouillant très fort.
Dans les endroits sableux, le désert submerge totalement le
goudron. A certains endroits, le bulldozer est laissé au bord
de la route en permanence pour pouvoir être là lorsque les
ouvriers de l'entretien viennent désabler. Mais le résultat de leur travail ne
dure pas longtemps, le désert reprend aussitôt ses droits.
Devinette : c'est quoi ça ? (la photo ci-dessous).
Alors, on parie ? C'est quoi ça ?
1 - Une prison .
2 - Un café .
3 - Une ruine.
4 - Le syndicat d'initiatives .
Faire dérouler l'écran, vous aurez la réponse..........
Réponse: 2 !!!
C'est un bistrot
algérien !!!! Enfin..... un café, car ici officiellement
on ne consomme pas d'alcool.... (je répète: officiellement).
Mais si , mais si ! ceci
est un
café ! Entre El Goléa et In Salah si
mes souvenirs
sont bons. Un café équipé d'un
réfrigérateur. Un
réfrigérateur à
gaz. Même qu'il a des bouteilles de gaz.
Désespérément vides bien sûr !!!! Mais le
principal n'est-il pas de posséder l'outil !
L'approvisionnement en bouteilles de gaz..... inch'allah !!!! De temps
en temps !!!!
Ca c'est nos caisses devant le.... café !!! La
mienne est cachée par le break de Olivier.
In Salah :
On approche d'In Salah
Une centaine de
kilomètres avant In Salah, un paysage à couper le
souffle.

La photo ci-dessous a été prise depuis le bas côté dans le dernier virage en bas.
Ma voiture, c'est la
verte à gauche de la photo.
Ce sont d'anciens cônes volcaniques tabulaires.
In Salah. Insalah avec le désert qui encombre les rues. Le
sable grimpe aux murs, apporté par les vents de sable. In Salah
a véritablement un look et une ambiance Soudanaise.
A In Salah, on a logé au camping de l'Hadji, c'est le surnom du
patron. Certainement parce qu'il à fait le pélerinage de
La Mecque. Très bien. Bien
ombragé, une petite buvette épicerie sympa, le patron
cultive dans un petit jardin de terre rouge de magnifiques tomates,
poivrons, carottes,etc... Dans le fond du camping il y a des douches
qui fonctionnent. Et à côté des douches, les chiottes odorants
avec des cafards bien élevés qui vivent leur vie de
voraces !!!! Ne parlons pas des mouches, ici on est obligé de faire avec.
In Salah est la région la plus chaude du Sahara. C'est dans ces
environs que j'ai trucidé mon thermomètre
anéroïde aux environs de soixante degrés avec une
brume de chaleur qui masque tellement l'horizon qu'on croirait être sur la mer un jour de brume épaisse.
On
a mangé au restaurant le soir. C'est pas habituel pour mes
copains
margeos !!! C'était un modeste petit restau, mais pas une
gargotte. On
a mangé une assiette de crudités. Misère, combien
de touristes
mangeraient des crudités ici ???!!! Aucun. Et on a bu
à la carafe
communautaire. Eh oui, j'ai bu à la même carafe que la Charlotte .... ou
plutôt, c'est elle qui a bu à la même carafe que
moi. Ce qui ne change
d'ailleurs strictement rien. Je ne l'ai pas contaminée et elle
non plus
!!! In Salah signifie "source salée". Ce qui se vérifie.
L'eau est bien
saumâtre, même très saumâtre, mais claire et
propre. Très bonne au
final quand on crève de soif. Tout le long du voyage, j'ai
toujours bu l'eau locale en pot sans jamais attraper la courante.
Les bourgeois ont loué une zériba.
C'est une cabane faite avec des branchages de palmier. Moi j'évite la
cohabitation avec le cheptel, c'est pourquoi j'ai étendu ma natte dehors à côté de ma
voiture, sur le sable rouge. Olivier a fait de même car lui aussi la
cohabitation lui donne des boutons. On a de quoi se méfier, dans le
nord du pays, la vioque s'était plainte un soir du manque d'entrain des
hommes..... J'ai préféré ne pas comprendre le sous entendu. Est-ce que
par hasard elle s'imaginerait se taper de la jeunesse la vieille folle
? Depuis je garde prudemment mes distances.
Dans la nuit le vent s'est levé, il a soufflé en rafale, puis
rapidement des gouttes grosses comme des carafes sont arrivées. J'ai
vite déménagé mes linges et mon couchage dans ma voiture. Il était
temps, avant même que j'ai le temps de refermer la porte, il tombait un
vrai déluge accompagné de coups de tonnerre cauchemardesques
entrecoupés d'éclairs comme je n'en n'avais encore jamais vu.
A
travers la pluie, j'ai aperçu la joyeuse troupe qui quittait
précipitamment la zériba qui prenait l'eau de tous les
bords, pour se réfugier dans leur voiture. Au moins Raymond et
Charlotte se seront lavés une fois pendant le voyage !! Va
sentir un peu moins fort la vieille !!!
Le lendemain matin, tout était oublié, soleil radieux
pour commencer, puis comme tous les jours, soleil de plomb
écrasant tout.
Vérification des niveaux huile et eau, et c'est reparti.
Les célèbres gorges d'Arak.......

On ne le croirait peut-être pas, mais dans les gorges d'Arak, au
bord de la route, en contrebas sur un grand parking de pierres battues
(!!!!) il y
a deux ou trois gargottes Trois Cafards au guide Mohammed-Michelin. On
peut y manger de la sauce aux haricots et boire de la gazouze, le coca made in Algeria. Si
on a tiré le bon numéro, au fond des haricots, on
trouve un os gratuit. Et pour ceux qui sont
bénis des dieux, il peut se faire qu'un peu de viande hallal
reste attachée à l'os. Certainement par une bizzarerie
de la nature. Il y a aussi un hôtel deux scorpions !!!! En
tant qu'hôte privilégié, on m'a fait coucher sur
une table. Pour éviter les scorpions. Bien que des nomades
couchaient par terre dans leur burnous sur le parking. Si c'était à
refaire, j'irais dormir à côté des nomades, et pas
sur cette p.... de table qui m'a cassé les côtes et d'ou
j'aurais pû me casser la gueule pendant mes rêves
érotiques des mille et une nuits.
Le reste de la route goudronnée entre les gorges d'Arak et Tamanrasset
est réservée aux aventuriers.Touristes frileux
s'abstenir, en tout cas ne pas amener la vaisselle en porcelaine ni la
belle mère, sauf si elle est chiante et qu'on veut la corriger
de ce vilain défaut. La
chaleur est tellement forte l'été que le goudron ne tient
pas le coup. J'y ai vécu jusqu'à soixante degrés
dans la voiture vitres fermées et chauffage allumé
à fond.... On me dira, à cette
température là, pourquoi j'ai mis le chauffage ?
Pour cuire les patates ou les merguez ? Tout simplement par obligation,
le moteur bouillait comme le Vésuve, c'était pour le refroidir un peu mieux.
Et pour quoi que j'ai pas
baissé les glaces ? Mais que c'est pénible les gens
curieux....J'ai pas baissé les glaces pour avoir moins chaud
!!!!! Pour la simple
raison qu'en baissant les
glaces, il faisait plus chaud dehors qu'à l'intérieur
avec les vitres fermées et le chauffage à fond !!! En
passant la main dans le courant d'air on se brulait les doigts.
C'était lors de ma
seconde descente, en juillet 1991, un mois plus tard, lorsque j'ai emmené ma
fille avec moi. Elle avait 17 ans. Elle était
liquéfiée. Moi je risquais rien, j'avais
déjà plus de graisse depuis ma sortie de l'armée.
Donc mon thermomètre anéroïde avait fondu les plombs
à 60 degrès !!!! Je raconterai ça au prochain
épisode.
A cette température, le goudron fond, se décolle. Cette
route est arpentée par une noria de poids lourds qui
ravitaillent depuis Alger toutes les villes, villages et bourgades
qui s'égrénent le long de la transaharienne.Cette route
est truffée non pas de nids de poules, mais de
véritables trous d'obus totalement inévitables. Essayer
d'en éviter un est illusoire, on tombe dans un autre. Tenter
d'éviter l'autre est pire encore, on en prend un autre trois
fois plus
profond. Rouler sur le bas côté ? Deux roues oui, mais les
deux autres, on peut pas les mettre dans la poche !!!! Dans le
désert, sur la tôle ondulée, à 60 à
l'heure on est comme sur du velours. Mais ici monter à 60
à l'heure est impossible, on casserait tout. Alors on se ballade
entre 5 et 30 à l'heure pendant 100 ou 150 kilomètres en
se tenant les tripes, en essayant vainement d'éviter les trous
les plus profonds. Et tout à coup, plus de trous.... pfuhhhh....
on relaxe, on accélère, c'est la belle vie !!! Et
brusquement, sans avertir ... broum, une bombe dans le volant, et
ça recommence encore pour 20, 50, 70 kilomètres !!!!
"Mais
c'est pas tout, mais c'est pas tout.." chantait Bobby Lapointe. Il y a des portions ou il n'y a
pas de trous. Je me rappelle d'une portion de route superbe
après Arak. Pas un trou en vue sur des kilomètres. On
accélère, on se fait du 90 !!!! Et juste après ce
petit virage de rien du tout, y'a un mec qui a essayé d'enterrer
une vache ( ou peut-être un chameau) au beau milieu de la route !!!! P...... debout sur les
freins, on s'accroche au volant et à son gros intestin, et
paf... la direction de la Pijot, en plein dans le trou, on se cogne la
tête au plafond. Et on se cogne les fesses sur le siège et
le nez dans le volant quand la Pichot remonte de l'autre
côté. Nom de dieu, elle est foutue, impossible de
résister à ça..... Eh bien si, elle résiste, et
même elle continue sans broncher. C'est pour ça que la 504
a été si recherchée en Afrique.
J'ai emprunté cette photo. Elle représente en fait une portion de route en excellent état.
D'ailleurs moi qui ne suis pas un menteur, juste un peu moqueur, j'ai
à mon actif un record unique: une nuit vers deux heures du
matin, dans une bourgade dans le nord de l'Algérie, entre Mahgnia et Afflou, je ne sais pas trop
où, dans un moment de semi assoupissement, j'ai été
surpris par un gendarme couché bien moulé qui sommeillait au
milieu de la route. Ma 404 plateau était chargé de deux
ou trois moteurs 504, un stock de vieux pneus de camion, un pont arrière
de 404 dont un gitan ferrailleur m'avait fait cadeau pour s'en
débarasser, une vingtaine de moteurs de congel hors d'usage, de
vieux amortisseurs .... environ deux tonnes de ferrailles. Le temps de
me réveiller, j'ai vu le gendarmes couché trop tard. Je
me suis cramponné au volant. Ma 404 plateau a
décollé sans que je tire en arrière sur le manche
!!! C'est long, très long, très
très long un vol plané de 404 plateau !!!! Le temps de se dire : "Ca y est, elle est foutue, j'ai tout
perdu, elle va se casser en deux, c'est forcé....je perd tout, comment je vais rentrer....". Finalement,
après un long vol plané, elle a atteri. Un crève
coeur. Une horreur. Un bruit d'enfer, le contenu de mon sac de voyage
qui dégueule sur mes pieds, les clefs à pipes qui passent
sous les pédales, les casse croûtes qui se font la malle,
le même bruit que celui de la chute du Concorde..... Je lui ai
laissé vivre sa vie après atterrissage. "yankee charlie,
piste claire.....". Il m'est revenu à l'esprit des souvenirs
anciens d'atterrissage en canard !!!
Démoralisée la 404 plateau ? Sûrement pas !!! Elle
a continué son bonhomme de chemin sans m'en vouloir,
enchantée de son premier décollage réussi. J'étais complètement groggy du
choc avec le plafond en tôle.
Ca a seulement nécessité de rebrancher correctement
la tringlerie de la boite à vitesses, vu que je ne pouvais plus
passer que la seconde et la quatrième.
Et pour continuer à parler de la route de Tam, il y a aussi de
petits intermèdes, des joyeusetés, du genre : un bloc
moteur de camion au milieu de la route. Pourquoi au milieu ? Sais pas. Il y a aussi des vieux pneus déchirés,
abandonnés sur le bas côté ou même sur la
chaussée. Souvent d'énormes morceaux de pneus de camions. On
trouve aussi des bielles, des cylindres, des jantes de voitures et de camions, des machoires de freins
abandonnées et traitresses qui peuvent cisailler un pneu ou
rebondir sous le chassis et casser une transmission. Quand ce n'est pas
tout simplement un rocher qu'une bande de plaisantins ont du mettre
là histoire de s'amuser !
Il arrive même quelquefois que la route débouche tout
simplement sur un ravin abrupt creusé par l'oued en crue qui a
traversé et dévasté la chaussée sur une
profondeur de deux ou trois mètres. Dans
ce cas là, il faut prendre une piste sur les côtés,
généralement semée de bacs à sable
très profonds et de pierres coupantes comme des couteaux.
Ce qui m'a toujours étonné dans ces endroits
désolés et sauvages, c'est les
inscriptions sur
des murs de mechtas abandonnées, certainement depuis la guerre.
Des inscriptions du genre : Gérad et Yvette juin 78 !!!! Ou
encore: Montauban 3500 Km, accompagné d'une
flèche vers le nord !!! A croire qu'ils devaient être
nostalgique et pressés de rentrer !
Moi je n'ai jamais été pressé de rentrer. Je me
sens bien ici, je vis, je suis dépaysé, je suis sur mon
petit nuage rose. Une sensation de dépaysement qui est une vraie
drogue. Une impression de fouler un sol vierge. Ce qui n'est bien
sûr qu'une illusion, mais en tout cas la solitude et la sensation
de ne dépendre de personne d'autre que de soi même. Un
petit bout d'aventure, c'est pas à dédaigner ? C'est la
moins chère et la moins toxique des drogues, meilleure qu'un
cigarette.
On rencontre aussi des semi remorques arrêtés dans le
désert à cinquante mètres de la route, les
chauffeurs font la prière, cassent la croûte ou font du
thé, sous le camion parce que c'est le seul endroit ou ils
trouvent de l'ombre. On en voit aussi qui réparent eux
même leur camion parce qu'ils n'ont pas le choix. J'ai vu des
essieux démontés et le conducteur plein de graisse se
débrouille seul, mais le plus souvent à deux car par
sécurité il y a deux chauffeurs par camion. Ils peuvent
rester à réparer une semaine ou deux.... Quelquefois l'un
d'eux fait du stop pour aller chercher une pièce. Son
collègue surveille le camion , seul pendant 3, 4 ou 5 jours,
voire plus. Ici le temps ne compte pas.
Le marabout de Moulay Hassan :
Ici le marabout de Moulay Hassan entre
In Salah et
Tamanrasset. Il est totalement sans intérêt ! Sauf pour mes
copains qui s'y arrêtent pour faire couleur locale et se taper un
café-pétard, certainement en relation directe avec leur
religion !!! Certains routiers font trois tours du marabout, ce qui
leur
assure paraît-il un bon voyage. Comme mes copains croient
à ces
conneries
dur comme fer, ils ont fait le tour eux aussi. Autour du marabout, pas
de goudron, du
sable très fin. Je les ai suivis, je découvre le plaisir
de rouler sur
le
sable !!! J'ai enchainé dérapage sur
dérapage, c'est pas interdit par le coran !!!!
Une crise de rire et un nuage de poussière à faire
éternuer un chameau ! J'ai même fait un tour
supplémentaire
. La Charlotte était furax ! "Toi, t'as pas pu
t'empêcher de
faire le con hein ? " . "Ben non, j'peux pas m'en priver, c'est comme
toi avec le shit !!". Elle bouillait la Charlotte-gant-de-toilette. Raymond a
rattrappé la
sauce: le pélerinage veut qu'on aille mettre des
pièces
de monnaie dans une fente du marabout pour s'assurer
définitivement un
bon
voyage. Radins comme ils sont, ils ont cherché la plus
petite
pièce de monnaie algérienne. Un dinar chacun. Un
dinar
ça fait combien ? Bof, certainement approximativement un quart
de centime de franc.... Moi
qui
suis très croyant, j'ai réussi à
trouver un bouton
de braguette pour ne pas trop me démunir de mon argent.
On me croit si on veut, mais c'est très efficace. Il
devait manquer à Allah un bouton de braguette, il a
apprécié mon généreux don. J'ai
roulé jusqu'au fin fond du Niger, à
Maradi, en pays Haoussa, pas loin du Nigéria, sans
aucun problème avec la voiture à papy
ventrachoux. Par
contre Allah, s'il a l'esprit pratique comme moi, ne semble pas
aimer se faire acheter par l'argent des radins. Vingt
kilomètres
après, ils ont été durement sanctionnés. La
canalisation d'embrayage de la 505 de Raymond
à rendu l'âme. En pleine pierraille .... Bon,
l'histoire de
la réparation, c'est long, ça fait partie d'un autre
manuscrit en rade. Faudra vraiment que je le retrouve. Dans la merde le
margeo. Tourne, vire, le joint de la canalisation a bien rendu
l'âme et en vertu du principe "on se démmerdera toujours",
Raymond est planté et bien planté. La canaille
à toujours de la chance. Un camion s'est arrêté
spontanément. Les deux routiers se sont allongés sous la
voiture, les
reins
dans les cailloux tranchants et une heure après ils avaient
rafistolé la canalisation avec des bouts de fil de cuivre. Je
défie tous les mécaniciens de France super
équipés de réussir la même
réparation. Cet enfoiré de Raymond les a royalement
récompensés avec deux vieux pneus 100% usés
qu'il avait
dans son coffre. Sympas les routier algériens. Ici, on se
débrouille, on réussit toujours à se
dépanner. On prend l'habitude de tout garder, parce que tout
peut servir: l'emballage du chewing-gum pour réparer un fusible
défaillant, la boite de conserve pour réparer un pot
d'chappement, la croute du fromage rouge pour boucher un trou du
réservoir d'essence, un vieux lacet, les morceaux de fil de fer,
les vieilles chaussettes, etc....

Ca, c'est le village de Moulay Hassan, à
côté du
marabout.Qui vit là ? De quoi vivent -ils ? C'est pas une des plus
importantes questions sans réponse quand on fait la
transaharienne qui aboutit à Tam !!!
la "campagne" autour du
marabout..... Les rocher sont sculptés par les vents de
sable.
Le désert près du marabout de Moulay Hassan.
In Ecker.
Une minute de silence. In Ecker ou furent effectuées dans la
montagne bordant la route, les expériences nucléaires
françaises après celles de Reggane qui elles, étaient effectuées en pleine atmosphère.
Un scandale. Des prisonniers algériens on
été attachés à des poteaux pour voir
l'effet que ça aurait sur eux... Lors du tir
Béryl, la montagne a failli exploser, des fuites
radioactives ont eu lieu. Au cours des expériences, tant
à Reggane qu'à In Ecker, des dizaines de militaires ont
été contaminés, il y a eu des morts. Pierre
Messemer et Gaston Palewski, ministres, étaient présents
(Messmer était à cette époque ministre de la
défense). Palewski est décédé des
années plus tard des suites de cette irradiation. Les mêmes
choses se sont produites en Polynésie ou il y a eu aussi des
morts. Aujourd'hui la montagne est entourée de barbelés,
tout a été à demi enfoui sur place, avions, camions,
matériel militaire, etc... Une honte pour la France.....
Le tir Béryl, qu'on peut retrouver dans les liens ci-dessous. Ce qu'on voit sont des fuites radioactives.
Je suis repassé à In Ecker pour la troisième fois en
septembre 1991 avec un gars qui avait été militaire et
qui a assisté au tir Beryl que l'on voit sur les photos. En
1991, il n'y avait pas encore internet, les renseignements
étaient distillés au compte goutte. Ce qu'il m'a
raconté correspond très exactement à ce que j'ai
lu ensuite. Il ne savait encore pas qu'il avait assisté à
un accident de tir nucléaire et qu'il avait peut-être
été irradié. Il n'était pas conscient de ce
qu'il avait vécu. Moi même, ça n'est que
très récemment que j'ai fait le rapport avec ce qu'il
m'avait raconté.
Maintenant la N1 Alger-Tamanrasset passe approximativement à
l'endroit ou sont les photographes sur les photos. Au bord de la route, il y a une
station essence et une gargotte, ou j'ai mangé. La gargotte
c'est l'équivalent de nos restos routiers, mais en plus folklo
!!!! Moi j'ai passé une nuit dans ma voiture, le nez au grillage
de fermeture de la zone, sans savoir que je dormais à
côté de l'enfer.
Des liens pour ceux que le sujet intéresse:
http://www.humanite.fr/2007-02-21_Societe_Algerie-la-bombe-atomique-en-heritage
http://www.jp-petit.com/Divers/Nucleaire_souterrain/in_ecker.htm
http://www.civismemoria.fr/contribution/?module=contrib&contrib=819
http://veteransdunucleaire.discutfree.com/je-recherche-veterans-du-sahara-f3/arrivee-a-in-amguel-juin-1963-t2495.htm#23970
http://www.astrosurf.com/luxorion/mururoa-irradie-pourlafrance.htm
http://www.algeria-watch.de/fr/article/pol/france/essai_nucleaire_debat.htm
Après In Ecker,on traverse le
petit bourg d'In Amguel, en bordure d'un oued dévastateur par
temps de pluie. Puis apparaissent sur la gauche les montagnes de
la Teffedest et du Hoggar. Fabuleux Hoggar. Le mont
Tahat et ses 2900 mètres, pelé comme une montagne
lunaire, l'Assekrem et l'ermitage de Charles de Foucauld. Il faut louer
un 4x4 et un guide pour y monter. Depuis Tam, le paysage est lunaire et
fantastique.
Paysage quelques centaines de kilomètres avant Tamanrasset.
Mes
copains fainéants dormaient. Le soleil allait se lever. J'ai
escaladé la colline de rochers de l'autre
côté de
la route pour prendre cette photo du paysage. En bas à
gauche au
bord de la route, on aperçoit nos voitures. Les collines
sont
des amas de caillasses noires. Une légère brume nocturne flotte encore sur le désert.
Ce jour là j'avais embarqué un routier en panne qui
avait laissé son copain surveiller le bahut et qui
redescendait à TAM pour aller chercher des pièces de
rechange. Il n'avait pour toute provision qu'un morceau de pain rassis et
une gourde d'eau. Moi il me restait une boite de quatre sardines à l'huile. Les
autres avaient certainement quelque chose, mais ils l'ont mangé
entre eux. Je ne pouvais humainement pas laisser le routier avec son
seul petit quignon de pain. On a partagé mes quatre sardines:
deux chacun. On a partagé son petit quignon et on a bu à
sa gourde. C'est aussi ça la camaraderie sur la route. Je l'ai
retrouvé au quatrième voyage dans des conditions
incroyables et c'est lui qui m'a sauvé d'une situation
très difficile.
Tamanrasset :
Enfin Tamanrasset, la porte du désert. On longe le terrain
d'aviation avant
d'entrer dans la ville. C'est une ville très attachante. Je
crois que Tamanrasset est la ville que je préfère. Elle
passe après Venise, si on me permet la comparaison ! A
Tamanrasset il
y a des campings, un hotel grand luxe le Tahat, pas fait pour les
pauvres, de petits hôtels, une
poste, des marchands de souvenirs et de roses des sables, nombre de
restaurants, des marchands de quincailleries de toute sorte et de bidons en plastique, des
marchands de tissus, des touareg en ballade citadine, un poste
depolice ou je me suis fait un super copain flic qui m'a rendu de super
services, mon super copain Ahmid, mécano de sont état,
qui travaille en chemise
blanche et qui en remontrerait à bien des mécanos
français, un super marché un peu special ou on
reste derrière le comptoir et on commande, le gars fait la note
au crayon sur un bout de papier d'emballage. Il y a bien sûr
une banque et un marché forain tous les matins ou on peut
acheter de tout, surtout des fruits et de la nourriture. Mais je vais
pas tout raconter au premier passage.
On est allé au camping Les Zéribas.
Derrière le camping se découpe la montagne
Adriane, pelée comme le crane de Yul Brynner, jaunâtre comme toutes les
montagnes de la région qui sont d'anciens cônes
volcaniques. A l'aire primaire, ici, ça devait être
chaud... plus encore que maintenant !
Tamanrasset est la ville des Tamaris, ces arbres aux feuillages
filandreux qu'on appelle à La Réunion des Filaos. Le
camping est ombragé avec peine par ces
arbres qui présentent un avantage: des myriades de fourmis
descendent le long des branchages filandreux et dégringolent sur la
tête,
dans le cou, dans la nourriture, dans le café, dans le sac de
couchage. Quand elles sont par terre elles envahissent tout. Il y en a
des miniscules, des énormes, des noires, des argentées.
Certaines progressent en brusques
démarrages pour s'arrêter 10 centimètres plus loin
et repartir tout aussi brusquement en zig zag. Olivier les observe en
rigolant, il les appelle des fourmis 4 x 4 !!!
Il faut
dire tout de même qu'elles ne sont heureusement pas seules sinon ça serait monotone. Il y a aussi des cafards gros
comme des fers à repasser anciens qui rentrent paisiblement des
chiottes qui ne sont qu'à vingt mètres de là. Ils
viennent de faire un festin royal et vont faire leur promenade digestive. Rien ne les
arrête. Alors on s'écarte pour les laisser passer.
Découverte: les
africains
n'utilisent pas de papier hygiénique. Un
africains part toujours aux WC avec sa bouilloire en plastique pleine
d'eau ou sa bouteille. Un européen part avec son rouleau de
papier. Mais il ne faut pas mettre le papier dans le trou vu qu'il n'y
a pas de chasse. On met le papier au tas qui est
déjà
derrière la porte !!! Sacrée collection. En
général on ne reste pas longtemps dans les
toilettes !
Les mouches sont voraces, les cafards énormes et
dégoutants. Quand aux odeurs, je
préfère ne pas en
parler au cas ou mes lecteurs devraient manger dans le quart d'heure qui suit.
Heureusement, au camping il y a des douches. C'est pour ça qu'on
est
allé au camping. Les mouches fonctionnent nuit et jour. Pas les douches !!! Pour elles c'est quelque fois entre 17
et 18 heures. Mais pas tous les jours, et au hasard. On prend une cabine
de douche, on se démmerde pour trouver un endroit pas boueux
pour poser les affaires vu que le vent transporte en permanence de la
poussière de sable, et il arrive que la douche fonctionne.
Si elle ne fonctionne pas, mektoub, il faut essayer d'en
trouve une qui pisse trois gouttes ! Et de toute façon il
faut faire
vite parce que si elle pisse trois gouttes, ça veut dire qu'elle
va tomber en panne bientôt.
Le camping de Tamanrasset est le lieu de rendez vous des aventuriers de
tous poils. Généralement des frimeurs qui viennent ici
se raconter leurs aventures de frimeurs pour se donner du courage pour
la traversée !!!!
Les vrais de vrais, comme mon copain Gilles ne s'arrêtent pas
à Tam plus d'une demie journée. Le temps de faire le
plein d'eau et d'essence et Gilles repart de suite et il roule
même la nuit. C'est absolument déconseillé, lui il
s'en fout. J'ai fait deux nuits de désert avec lui à
écraser les gerbilles qui giclent de partout. Il roulait
tellement vite qu'il m'avait distancé, je ne voyais plus ses
traces. Comme j'avais repéré sa direction je me suis
guidé approximativement sur les étoiles à ma
gauche. C'était extraordinaire !!! J'ai retrouvé Gilles
une heure plus tard ensablé !!!! On a poussé sa caisse et
on est repartis. Au milieu de la nuit, alors qu'on se désablait une
fois de plus, on a été rejoint par deux motards
complètement paumés qui cherchaient leur direction ! Z'auraient pû avoir des ennuis les mecs !!!
A Tamanrasset, on a rempli nos bidons d'eau et d'essence. A la station
service le gars
n'a pas voulu nous remplir les bidons d'essence, seulement les réservoirs. Pourquoi ? Il paraît que
la préfecture à interdit de remplir les bidons. De toute
façon ici on ne peut jamais savoir la vérité.
Alors
on a rempli les réservoirs et on est allé chez un
mécano qui a mis nos voiture sur sa fosse et a vidangé
les réservoirs dans nos bidons. Ensuite on est
allé
refaire le plein à l'autre station service !!!!! Heureusement
qu'il y en a deux ! J'ai
payé le mécano de son service par un paquet de
pâtes. Les
algériens adorent les pâtes françaises !!!!! Mes copains
eux n'ont rien donné, même pas un vieux pneu....mon paquet
de pâtes suffisait paraît il !!! L'art de vivre sur le dos des autres.
On a passé 3 jours au camping infesté de
fourmis
qui dégoulinent des Tamaris et des cafards monstrueux qui
cambriolent les chiottes !!!
Sortie de TAM. Il y a un poste de police et une barrière ferme
la route qui donne sur le désert. Tout le monde s'arrête
au poste de police. On
se
fait pointer sur un registre, au cas ou on se perdrait en cours de
route et on ne serait donc pas signalé arrivé de
l'autre côté. On enverrait parait-il
des secours.
Des secours ? Tu parles, ça ne s'est jamais vu. J'ai
discuté avec un Tunisien qui a fait l'andouille et qui s'est
perdu, panne d'essence. Il est revenu à pied, il s'en est
sorti
miraculeusement. Il a failli mourir de soif. Il n'a jamais
retrouvé ni sa voiture ni le barda qu'il avait
emporté.
Il a bien retouvé l'endroit, mais seulement les traces de la
voiture !!!! Contrairement à ce qu'on pourrait croire, on n'est
jamais seul dans le désert, il y a toujours quelque part une
paire d'yeux qui suit et observe.
Le Sahara de Tamanrasset à Arlit (Niger):
A la sortie de Tam, on a encore 70 kilomètres de chaussée
hyper défoncée, puis tout d'un coup, entre deux tamaris
pas gras, bas, étêtés par les vents de sable, brusquement du mou
dans le volant, on plonge dans le désert ! C'est la fin du
goudron. On ne le
retrouve que 650 kilomètres plus loin.
Seuls repères, tous les 5
kilomètres un
poteau de ciment de 10 cm au carré sur 2 mètres
de haut, lorsqu'il existe encore.
Des traces de roues partout, qui partent dans tous les sens. Il est
préférable de s'efforcer de suivre ou de retrouver les
balises. 400 bornes du fabuleux désert du
Hoggar. Le désert, c'est pas que du sable, c'est aussi
des collines de cailloux, des kilomètres de pierrailles noires,
des collines de schistes crèmes qui s'effritent, des
coloquintes sur le sable qui
voyagent poussées par le vent en attendant la prochaine pluie
dans 6 mois ou 20 ans, quelques rares touffes d'herbe
à chameau, des mirages ou par grande chaleur
comme en ce mois de juin 1991 on croit voir des lacs qui n'existent
pas. C'est aussi la brume de chaleur
qui enveloppe dans un cocon cotonneux en masquant l'horizon, le fech
fech
traître qui emprisonne les roues, la tôle
ondulée sur laquelle il faut souffrir et se faire secouer la
cervelle sur quelque centaines de
mètres pour atteindre le 60 kilomètes à l'heure,
vitesse à partir de laquelle on a l'impression de rouler sur un
tapis. Et comme la configuration du désert ne donne
généralement pas l'occasion de garder cette vitesse trop
longtemps, c'est
une souffrance permanente, doublée d'un plaisir sans borne.
Parce que rouler dans le sable est une sensation unique, un
délice absolu.
La direction est souple, douce comme les cuisses d'une jolie femme !
Jusqu'au moment ou les cuisses de la belle sont tellement douces,
qu'on tourne le volant à droite et que la belle part se planter
à gauche dans le plus profond bac à sable du quartier !!!
Planté jusqu'aux yeux !!! Et la chaleur........ ici on consomme
à peu près un litre d'eau chaude à l'heure !
Et le col de la chemise colle au cou comme une limace, sensation
très désagréable. Et le slip colle lui aussi
....il faut prendre beaucoup de précautions pour en changer sans
risquer écorcher le plus précieux de sa personne !!!! Moi
je me suis changé à Agadez. Durant le voyage, j'ai
supporté la misère.....
Assez parlé, je vais pas tout
réécrire, vu que mes
aventures avec Raymond et sa Charlotte ont
été
nombreuses, remuantes, quelques fois même vigoureuses.
Je vais me contenter de montrer quelques photos.